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Les réflexions d'un élu engagé au service de sa ville et de son territoire

«Notes de lecture : SAPIENS, une brève histoire de l’humanité»

Publication : 10/09/2018  |  14:09  |  Auteur : Jean Dionis

Vous, comme moi, n’avez pas pu passer à côté de SAPIENS …..Un bouquin grand format, couverture blanche, d’un auteur israélien au nom difficile de Yuval Noah Harari, resté chez votre libraire comme partout en France parmi les meilleures ventes pendant plus de trois ans ! Best-seller international – plus de 200 000 exemplaires vendus en France, traduit dans près de 40 langues…….n’en jetez plus !

Pourquoi finalement l’ai-je lu comme tant d’autres ? Une fois encore, la recommandation de mon fils aîné, qui me connait bien, y compris mes goûts de lecteur ? L’idée de bon sens qu’à partir d’un certain niveau de succès, un livre au succès planétaire devait avoir forcément quelques qualités rares ?

Certes, mais rien de tout cela n’a été décisif.

Ce qui le fut, c’est ma conviction que toute honnête femme ou homme d’aujourd’hui doit essayer de construire sa propre vision du Monde à partir du Savoir disponible de son époque – tout en sachant ,bien sûr, son caractère éphémère , imparfait et lacunaire- et de son parcours personnel de vie.

Et justement l’ambition de SAPIENS est bien celle d’une vulgarisation de qualité de l’histoire – notre histoire – de l’humanité, d’il y a 70 000 ans lors de la révolution cognitive qui fit émerger les langages à nos jours. Et, cet objectif, de culture générale, est quant à lui atteint.

Quand vous fermez SAPIENS, vous avez en tête – et c’est infiniment précieux – une chronologie la plus sérieuse possible de cette histoire et de ses grandes étapes :

- Le Big Bang, il y a 13,5 milliards d’années

- La formation de la Terre, il y a 4,5 milliards d’années

- L’apparition de l’homme, il y a 6 millions d’années

- L’usage quotidien du feu, il ya 300 000 ans

- La révolution cognitive et l’émergence des langages, il ya 70 000 ans

- La révolution agricole, il y a 12 000 ans

- La révolution scientifique, il y a 500 ans

- La révolution industrielle, il y a, à peine, 200 ans.

C’est déjà beaucoup, vu notre ignorance en la matière. Mais j’en sors surtout avec un certain nombre d’idées-forces bien présentes dans ma tête avant la lecture de ce livre, balayées par les données de Yuval Noah Harari.

Exemple :« Nous vivons une période violente et meurtrière depuis la deuxième guerre mondiale ». Faux. « En 2002, sur 57 millions de morts, 172 000 seulement sont morts de la guerre et 569 000 de crimes violents soit un total de 741 000 victimes à comparer par exemple aux 873 000 victimes par suicide ! »(page 430)

Exemple : « Nous vivons dans un monde de plus en plus fracturé et émietté » .Faux « Mieux vaut adopter le point de vue d’un satellite espion, considérant les millénaires ….. de là, les choses deviennent claires de comme l’eau de roche : l’histoire progresse implacablement vers l’unité (de l’humanité). » (page 200)

La fin de notre histoire collective, Yuval Noah Harari, la voit assez proche, non pas comme beaucoup de prophètes de malheur actuels, en une quelconque apocalypse, mais dans une transition de nature prométhéenne vers un homme nouveau, un homme augmenté progressivement, un homme-Dieu tel que l’annonce le titre de son dernier livre (Homo Deus : Une brève histoire de l'avenir ).

Cette transition « transhumaniste » empruntera selon lui trois chemins principaux, tous aussi vertigineux les uns que les autres : le génie biologique (manipulations de notre ADN, etc.….), le génie cyborg permettant à « l’homme augmenté » d’inclure en lui des parties organiques et non organiques (prothèses diverses, etc.…), et le génie de la vie inorganique (robots, ordinateurs, virus informatiques, etc.…) qui l’entoureront.

Une fois passé le vertige final, quelles critiques apporter à l’Histoire d’Harari ?

D’abord, lui reprocher qu’il ne se situe pas assez clairement par rapport à un certain nombre de grandes questions aujourd’hui ouvertes ……

Yuval Noah Harari considère toutes les croyances collectives (religions, nazisme, communisme, libéralisme, nationalisme) comme des illusions dont il ne conteste pas l’importance comme moteurs de l’histoire, mais qui pour lui, sont des mythes imaginaires. C’est son droit le plus strict. Mais cela aurait mérité moins de provocations (sa phrase - page 387 - « certaines religions comme le christianisme ou le nazisme brulaient d’une haine qui leur a fait tuer des millions de gens» ne l’honore pas), un positionnement personnel plus clair et surtout un questionnement plus humble et rigoureux. A un moment de l’histoire de la pensée où l’hypothèse d’un Dieu créateur est solide, on a envie de lui dire au creux de l’oreille : « Et si Dieu existe ? ……. »

Ensuite et enfin, lui dire qu’il ne tire pas la leçon d’une de ses affirmations fort justes (page 487) : « quand le Spoutnik et Apollo 11 embrasèrent l’imagination du monde, on se mit à prédire, que d’ici, la fin du siècle, on vivrait dans des colonies spatiales sur Mars et Pluton. Peu de ces prévisions ont été confirmées. Par ailleurs, nul n’avait prévu l’Internet. Son avenir pour Sapiens est trop tracé, trop fermé, beaucoup trop scientiste…..bref, Harari n’est pas assez ouvert à l’Evénement ….

Il reste….que je vous en recommande la lecture comme un très bon livre de culture générale, ….et qui vous aidera à vous construire humblement et honnêtement votre vision du monde.

Et c'est déjà beaucoup.

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Les réactions

Merci pour ton partage.

Très bonne réflexion, mais moi qui ne suis plus croyant je ne pose plus la question! Je n'ai pas lu le livre mais vous m'avez donné envie de le faire

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