Élection présidentielle — Épisode 4
Les grosses ficelles de la démagogie RN : 1 - le voile
Ce soir, je veux parler du voile que le Rassemblement national vient de placer – comme à chaque élection présidentielle - au cœur de sa campagne présidentielle.
Sur le voile, l’opinion est réceptive, le Rassemblement National le sait : selon un sondage CSA publié le 1er septembre 2026, 60 % des personnes interrogées sont favorables à son interdiction dans l’espace public, et 53 % approuvent le principe d’une amende. Ces chiffres doivent être entendus, mais une majorité sondagière ne suffit pas à rendre une mesure juste, constitutionnelle et applicable.
La méthode du Rassemblement national est toujours la même : partir d’inquiétudes réelles, qui méritent que l’on y porte attention, effacer la complexité du sujet et promettre une solution spectaculaire dont on tait le coût juridique, diplomatique ou humain pour un profit électoral immédiat, même quand on sait parfaitement que la proposition n’a aucune chance aujourd’hui de voir le jour.
Cette démarche porte un nom : celui du cynisme le plus méprisable.
Rentrons dans le débat.
Le 30 août 2026 sur BFMTV, Jean-Philippe Tanguy, cadre parlementaire du RN, a résumé la ligne de son parti : « Nous allons évidemment combattre l’idéologie islamiste et nous sanctionnerons le port du voile », avec une amende comparable à celle infligée pour l’absence de ceinture de sécurité. Ce n’est donc pas une provocation isolée, mais une proposition assumée.
Scannons cette proposition.
1 – Elle est juridiquement inutile.
Car notre droit actuel n’est pas désarmé. Depuis la loi de 2004 sur les signes religieux ostentatoires, à l’élaboration de laquelle j’ai participé comme député, ceux-ci sont interdits aux élèves des établissements publics et les agents publics sont soumis à la neutralité .Enfin, depuis 2010, les tenues dissimulant le visage sont interdites dans l’espace public. Le RN ne comble donc pas un vide : il veut sanctionner un foulard laissant le visage découvert, porté par une adulte dans la rue, les transports ou les commerces.
2- Elle est inefficace et coûteuse
Cette police du vêtement poserait aussitôt des questions insolubles : quel foulard serait religieux, culturel ou simplement vestimentaire ? Elle multiplierait les contrôles et les contentieux, coûteux, sans fournir un outil supplémentaire contre les réseaux islamistes, leurs financements ou leurs pressions. Et je souhaite bon courage à nos policiers nationaux et municipaux qui devraient l’appliquer dans les quartiers et dans les aéroports internationaux au lieu de faire leur travail de lutte contre de vrais délinquants.
3- Elle est contraire à l’égalité républicaine
Contrairement à la loi de 2004, elle ne cible que les femmes musulmanes et leurs foulards. Elle ne dit rien des autres signes religieux ostentatoires (grosse croix, soutane, Kippa……). Elle est donc contraire au principe d’égalité républicaine.
En l’état, elle n’a donc aucune chance d’être validée par notre conseil constitutionnel.
Reste la possibilité de changer la constitution par référendum tel que l’a évoqué Jordan Bardella, conscient du caractère inconstitutionnel de la proposition de son collègue Jean-Philippe Tanguy.
Mais sérieusement, vous imaginez un référendum sur le port du voile sur le domaine public qui nous diviserait, nous les français, ridiculiserait et fragiliserait la position de la France à l’étranger ?
Tout cela, le Rassemblement National le sait. Mais, cyniquement, seul compte à leur yeux l’efficacité électorale de ce chiffon rouge.
@@@@@@@
A nous, démocrates et républicains de faire la pédagogie citoyenne pour mettre en lumière ces grosses ficelles électoralistes.
On peut contester le voile.
Nous devons tous surtout défendre, bec et ongles, l’égalité entre les femmes et les hommes dans tous les domaines de la vie sociale et professionnelle. Et il y a encore beaucoup de travail à faire dans cette direction.
Nous devons tous soutenir les femmes et les hommes qui veulent s’affranchir de pressions religieuses. Mais une République sûre d’elle-même ne confond pas les luttes contre les contraintes personnelles avec la contrainte d’État.
La République, la nôtre, laïque, doit protéger la liberté de conscience et sanctionne les menaces contre celle-ci.
La démagogie commence quand la colère devient un programme et que le symbole remplace la solution. Gouverner, c’est tenir ensemble la laïcité et la liberté, la sécurité et l’État de droit.
Le véritable test présidentiel est là : protéger la République sans trahir ses libertés. Sur le voile, le RN ne résout pas les tensions de la société Française : il les exploite. Ce n’est pas du courage politique. C’est de la démagogie.
@+,
Jean Dionis
