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Les réflexions d'un élu engagé au service de sa ville et de son territoire

D’Ormesson, Johnny : une certaine idée de la France

Publication : 11/12/2017  |  11:43  |  Auteur : Webmaster

Que nous le voulions ou non, que nous les aimions ou non, notre semaine passée a été bousculée par les disparitions successives  de Jean d’Ormesson et de Johnny Hallyday……

Clin d’œil malicieux du destin qui, en rapprochant ces deux évènements,  a fait un joli pied de nez à Jean d'Ormesson qui estimait — citant en exemple les décès quasi-simultanés, en 1963, d'Édith Piaf et de Jean Cocteau — qu'« il est préférable pour un écrivain de ne pas mourir en même temps qu'une vedette de la chanson, sous peine de voir sa disparition éclipsée ». Lui, qui a passé sa vie à penser à sa mort et à celles des autres, à organiser la mise en scène de sa sortie, voit celle-ci balayée par le tsunami Johnny. Mondain en diable, il doit maudire ce destin. Ayant fait de l’humour une vertu cardinale, il ne peut pas ne pas en sourire.

« Toute ma vie, je me suis fait une certaine idée de la France », C’est d’abord la fameuse phrase du général de Gaulle dans ses mémoires de Guerre qui m’est étrangement venue à l’esprit en étant, comme chacun de nous, ému par ces deux décès qui nous ont, reconnaissons-le, touchés et bousculés au tréfonds de nous-mêmes. Et si c’était cela être français, se faire une certaine idée de la France qui fait que nous sommes touchés, bousculés et par la mort de Jean d’Ormesson et par celle de Johnny Halliday ?

Je n’ai pas été un lecteur très assidu de Jean d’Ormesson. Je crois n’avoir vraiment lu que deux livres de lui : "C’est une chose étrange à la fin que le monde" (2010) et "la Conversation" (2011). Mais, comme pour chacun d’entre nous, Jean d’Ormesson ne se réduisait pas à ses livres. C’était une présence, c’était un repère, c’était un style diffusés par tous les canaux de communication de notre société moderne : des magazines people qui trainent chez le coiffeur aux plus récents réseaux sociaux, sans oublier le Figaro, la télévision et le cinéma. Présence disais-je, c’est plus d’une omniprésence durable qu’il faudrait parler. Alors, pourquoi cette fascination française pour Jean d’Ormesson, son élégance, sa courtoisie ?

Je crois qu’elle s’explique partiellement par la relation ambigüe du peuple français conservateur, mais régicide envers les traces de son aristocratie. Jean d’Ormesson a été pour les français comme la lumière d’une étoile, d’un monde aujourd’hui disparu, mais dont la connaissance reste une des clés de la compréhension en profondeur de notre histoire et de notre peuple.   

Enfin et surtout, Jean d’Ormesson osait nous parler métaphysique et nous renvoyer aux questions existentielles fondamentales qui, un jour ou l’autre, nous percutent. Pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien ? Pourquoi, malgré l’Histoire, cette présence obsessionnelle, massive du Mal ? quel avenir après la mort ? Naviguant, selon ses propres mots, entre « catholicisme et paganisme », il aura été pour ses très nombreux lecteurs à la fois leur professeur de philosophie et leur curé. Il l’aura été de manière ouverte sur la modernité et, dans ce domaine, avec une humilité intellectuelle qui faisait du bien.

Tout cela le mettait à des années-lumière de notre Johnny national. Oui et non…

Oui, d’abord et bien sûr.     

Alors que Jean d’Ormesson a assumé toute sa vie son statut de privilégié affectivement et socialement,  Johnny entre dans la vie brutalement. Abandonné de fait par son père et sa mère, élevé par sa tante maternelle, Johnny Hallyday, c’est d’abord une enfance et une adolescence dures, pauvres, non sans richesse dans le domaine artistique, mais où il a fallu ramer pour se faire une place au soleil.

Et puis, très vite – à 17 ans - il démarre cette fabuleuse carrière dont les chiffres vertigineux nous sont répétés en boucle depuis jeudi matin :57 ans de carrière,  110 millions de disques vendus, 1 000 titres enregistrés, 50 albums. Derrière ceux-ci, les Français saluent l’artiste exceptionnel, le musicien capable d’aller boire à des sources d’inspiration américaines, comme de s’imposer sur le terrain de la variété française, mais aussi le chanteur dont le professionnalisme sidérait le ténor Roberto Alagna et enfin le producteur de spectacle qui a réinventé  les grands spectacles « à la Française »…..

Mélomane, je ne suis pas spécialement un fan de Johnny Hallyday. Mais, de fait, il a tout simplement accompagné ma vie comme celle de millions de Français. Enfant, j’entends encore la voix de mon père dire gravement : « Ce type est dingue. Il vient de casser sa guitare sur la tête d’un de ses musiciens ». Boy-scout, je me revois chanter les « Portes du Pénitencier »… et ainsi de suite jusqu’à « Allumer le feu » de nos fêtes plus récentes. Si près d’un million de personnes se sont déplacées pour lui rendre un dernier hommage, si 11 autres millions ont suivi devant leur télévision l’hommage national qui lui était rendu, c’est parce que Johnny Hallyday a su toucher le cœur du peuple de France avec une intensité et pendant une durée inégalée.

Rassemblant eux-aussi les morts de d’Ormesson et de Johnny Hallyday en un seul évènement, Bruno Frappat, dans La Croix, parle de la disparition de « deux voix de la France » et Philippe Labro de celle de « deux icônes nationales ». Ils ont raison.

Malgré les fossés qui les sont séparés, l’un et l’autre ont été pour nous, repères,  styles, et omniprésences et cela pendant le même demi-siècle,… c’est à dire, pour la plupart d’entre nous,  presque toutes nos vies.

Vous aurez aussi remarqué que leurs deux départs n’a été un évènement national qu’en France et qu’il a été ignoré ou presque à l’étranger.

Ces deux-là étaient des français jusqu’au bout des ongles, même lorsqu’ils écoutaient et s’inspiraient de l’étranger et d’ailleurs l’un et l’autre avaient, comme magnifique « outil de travail» : la langue française……

Oui, finalement le destin a bien fait les choses. Ensemble Jean d’Ormesson et Johnny Hallyday incarnent magnifiquement une certaine idée de la France, unie, diverse….

Patrick Bruel lui aussi avait raison en disant dans son discours d’adieu à Johnny Hallyday dans l’église de la Madeleine : « Johnny, tu vas faire le voyage avec Jean d’Ormesson. Tous les deux, vous allez bien vous marrer ».

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