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Les réflexions d'un élu engagé au service de sa ville et de son territoire

Notes de lecture : « La Peste » d’Albert Camus.

Publication : 08/06/2020  |  13:01  |  Auteur : Jean Dionis

Je n’avais pas lu « la Peste ». J’étais passé « à travers » pendant mes années de lycée, tout en sachant que le chef d’œuvre d’Albert Camus existait et qu’il était proche, disponible, si nécessaire.

L’épidémie du COVID de ce printemps 2020 m’en rendit la lecture impérative, comme d’ailleurs à des milliers de concitoyens français.

Le romancier s’y élève au niveau du génie, lorsque, précisément, à partir d’une époque et d’un contexte forcément très déterminés, il traque l’universel, le repère et en tire des enseignements permanents. Avec « la Peste », Albert Camus a atteint ce génie rare.

La Peste de Camus se déroule donc dans les années 1940. Elle a pour théâtre Oran durant la période de l’Algérie française.

Le roman raconte sous forme de chronique la vie quotidienne des habitants pendant une épidémie de peste qui frappe la ville et la coupe du monde extérieur. Camus s’est documenté sur une petite épidémie de peste bubonique, survenue à Oran en 1945, succédant à une épidémie plus sérieuse qui avait eu lieu à Alger en 1944, mais son projet est antérieur à l'apparition de ces épidémies, puisqu'il y travaille depuis avril 1941.

Or ce sujet est durablement enraciné dans notre inconscient collectif. 

En raison des ravages qu'elle a causés, surtout au Moyen Âge, la peste a eu de nombreux impacts sur l'économie, la religion et les arts. Ainsi la peste noire de 1347-1352 a profondément marqué l'Europe en éliminant 25 % à 50 % de ses habitants. Dans le royaume de France la population a chuté de 38 %, soit 7 millions de victimes sur les 17 millions de Français de l'époque. A Agen, elle élimine le tiers de la population, soit 2 à 3000 personnes.

Bien sûr, la comparaison avec ce que nous venons de vivre avec le coronavirus en 2020 n’a pas arrêté de m’obséder.

Les différences d’abord. La peste à Oran est traitée localement. C’est une ville qui se confine et cela a encore du sens dans les années 1940 où les déplacements existent, mais sont relativement peu nombreux.

Le nombre de morts avec la peste, même au niveau d’une ville comme Oran, est vertigineux. Plusieurs centaines, selon l’auteur et met tout de suite à mal toute l’organisation sociale de la ville (hôpitaux, cimetières…).

Le confinement vécu par les Oranais est d’abord une fermeture de la ville. Mais ils peuvent continuer à sortir à l’intérieur de ses murs. Théâtres, restaurants, bars, restent ouverts. Mais par contre, les relations avec l’extérieur sont réduites au bien pauvre télégramme. Et c’est d’abord de la séparation avec l’extérieur dont souffrent les Oranais avec des formes très sévères d’oubli dépressif.

Quel point de repère intéressant par rapport à ce que nous venons de vivre !

Notre confinement a été géré nationalement dans le cadre d’une pandémie mondiale. Le nombre de victimes qui nous choque à juste titre (30 000 décès en France, 10 en Lot-et-Garonne) n’a rien à voir avec les hécatombes du passé.

Enfin, nous n’avons pas vécu le même confinement. Le confinement du coronavirus a été quasi-total pendant 2 mois. Contrairement aux Oranais de Camus, la majorité d’entre nous sont restés enfermés chez eux, ne sortant que pour se ravitailler. Mais les séparations sont devenues plus supportables à cause de l’importance des télécommunications et du monde virtuel. Internet, la vidéo à la demande et les apéros Skype ont dopé nos capacités de résistance à l’emprisonnement.

Mais à côté de ces différences, que de points communs !

D’abord la première ligne du combat est toujours celle du monde de la santé et les héros de ces moments de lutte pour la survie sont et restent nos soignants. A nous de nous en rappeler durablement.

Ensuite, Oran comme Agen, comme toutes les villes de France s’est fait surprendre par la nécessité absolue de protéger les malades ou les suspects du reste de population. On y voit la même impréparation au début de l’épidémie, puis l’organisation rationnelle quant à la détection de la maladie, la mise en quarantaine des proches de ces malades, la même organisation des brigades sanitaires.

Enfin, en découvrant le roman de Camus nous parler d’explosion, de pic de l’épidémie, puis de plateau et enfin d’extinction de celle-ci, je me suis dit qu’il y avait bien des invariants, bien des constantes dans ces épidémies différentes et qu’il fallait absolument que nous apprenions, que nous progressions, nous, la Ville, ses citoyens pour mieux traverser….la prochaine épreuve de ce genre et c’est d’ailleurs tout le sens de la commission extramunicipale de révision de notre programme électoral que nous installerons lundi 15 juin prochain.

Reste enfin le sens profond de Résistance que Camus a voulu donner à elles et ceux qui ont combattu la peste. Ecoutons-le : « La Peste, dont j’ai voulu qu’elle se lise sur plusieurs portées, a cependant comme contenu évident la lutte de la résistance européenne contre le nazisme. La preuve en est que cet ennemi qui n’est pas nommé, tout le monde l’a reconnu, et dans tous les pays d’Europe. Ajoutons qu'un long passage de La Peste a été publié sous l'Occupation dans un recueil de Combat et que cette circonstance à elle seule justifierait la transposition que j'ai opérée. La Peste, dans un sens, est plus qu’une chronique de la résistance. Mais assurément, elle n’est pas moins. »

A Oran comme à Agen, notre comportement contre l’épidémie nous renseigne sur notre capacité à lutter, à résister. A chacun de nous de relire ses deux derniers mois absolument inédits et de s’inoculer, quand ils sont disponibles, les bons vaccins pour…résister.

J’ai enfin lu « La Peste ». Merci à Albert Camus et au coronavirus.

 

Les réactions

J'ai également redécouvert la peste de Camus. 

J'y est trouvé des similitudes avec le covid-19, sauf que la peste était plus mortelle ( surtout au moyen âge ).

La lecture de la peste permet de relativiser la crise sanitaire actuelle tout en restant vigilant ! 

 

 

Entre la Peste et le COVID 19 , le choix est vite fait. On attendra un livre sur le Coronavirus pour la comparaison. Mais surtout ne pas lui dire: Merci.

Monsieur le Maire,

J'ai profité aussi de cette période pour lire un peu plus que d'habitude. J'ai donc re-lu La Peste mais aussi un Hussard sur le toit de Jean Giono sur le même sujet une épidémie.  Deux monuments de la littérature française et d'une rare actualité. 

Cordialement. 

François 

J'ai fait la même chose! C'est drôle! et oui, en effet, certaines similitudes sont frappantes! comme quoi, l'histoire est sûrement la matière la plus importante et il faut s'en servir le plus souvent possible au lieu de ré-inventer l'eau chaude!

Une phrase m'interpelle vraiment,  la première ligne du combat est toujours celle du monde de la santé

Ils ont encore été héroïques, forts et sans retenue.  Il faudra bien évidemment s'en rappeler.

Il n'est pas question de "lui" dire merci.....au Coronavirus ! Se servir du passé et désormais du présent afin de prévenir, bien mieux, le futur.

Responsable du seul "Registre du choix de fins de vie" du monde, j'ai pu constater que le confinement - lié pourtant à la notion de risque de mort - n'a pas, dans des proportions significatives, conduit les adultes à avoir le courage de prendre une décision concernant le devenir de leur corps, en cas de décès. C'est pourtant le seul moyen de ne pas abandonner à ses proches le soin de décider à sa place. Ceci ne montre pas un haut niveau de civisme. Ce, sans quoi, une société ne rencontre pas l'harmonie, serait-ce même, au sein des familles. www.cerclebleu.org 

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