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Les réflexions d'un élu engagé au service de sa ville et de son territoire

Macron et nous, les catholiques …

Publication : 16/04/2018  |  08:55  |  Auteur : Webmaster

Organisée par la Conférence des évêques de France (CEF), une grande soirée inédite s’est tenue lundi 9 avril au Collège des Bernardins, en présence d’ Emmanuel Macron.

Mgr Georges Pontier, archevêque de Marseille et président de la CEF, s’est fait le porte-voix des préoccupations actuelles de l’Église de France. Emmanuel Macron lui a répondu dans un discours où il s’adressait directement aux catholiques de France. Si la question religieuse vous intéresse, alors lisez ce beau discours (http://www.elysee.fr/declarations/article/transcription-du-discours-du-president-de-la-republique-devant-les-eveques-de-france/)…

Or, il se trouve que je suis catholique. Il se trouve que je me vis, entre autres identités bien vivantes en moi, comme catholique. Ce discours prenait donc pour moi, comme pour mes coreligionnaires, un relief très personnel. C’est la première fois, à ma connaissance que le Président de la République s’adresse directement en tant que tels aux catholiques Français… rompant ainsi les codes de la laïcité à la Française. Diable ! Qu’allait-il faire dans cette galère bien risquée ? Qu’avait-il donc de si important, de si urgent à nous dire… ?

«… je suis ici ce soir pour vous dire que la République attend beaucoup de vous. Elle attend très précisément si vous m’y autorisez que vous lui fassiez trois dons : le don de votre sagesse ; le don de votre engagement et le don de votre liberté » a répondu Emmanuel Macron.

Le Président nous demande d’abord de faire don de la sagesse chrétienne à la société Française, de façon complémentaire et bien sûre non exclusive d’autres sagesses religieuses ou philosophiques. Le Président reconnait l’urgence de fonder non seulement l’action politique, mais plus largement la vie en société sur autre chose qu’un matérialisme économique et social.

«… nous avons besoin de donner un cap à notre action, et ce cap, c’est l’homme.(EM) Et pour tenir ce cap, la religion chrétienne, « vénérable parce qu’elle a bien connu l’Homme » selon le mot de Pascal, doit rester une des sources qui nourrissent l’action publique.

C’est ensuite le don de notre engagement que sollicite Emmanuel Macron. Il connait l’histoire de l’engagement social catholique « Vous êtes aujourd'hui une composante majeure de cette partie de la Nation qui a décidé de s'occuper de l'autre partie - nous en avons vu des témoignages très émouvants tout à l'heure - celle des malades, des isolés, des déclassés, des vulnérables, des abandonnés, des handicapés, des prisonniers, quelle que soit leur appartenance ethnique ou religieuse. »

Mais le Président appelle surtout les catholiques à investir le champ politique.

«… Or je crois que la politique, si décevante qu'elle ait pu être aux yeux de certains, si desséchante parfois aux yeux d'autres, a besoin de l'énergie des engagés, de votre énergie. Elle a besoin de l'énergie de ceux qui donnent du sens à l'action et qui placent en son cœur une forme d'espérance. Plus que jamais, l'action politique a besoin de ce que la philosophe Simone WEIL appelait l'effectivité, c'est-à-dire cette capacité à faire exister dans le réel les principes fondamentaux qui structurent la vie morale, intellectuelle et dans le cas des croyances spirituelles.

…./…. Je pense pour ma part que nous pouvons construire une politique effective, une politique qui échappe au cynisme ordinaire pour graver dans le réel ce qui doit être le premier devoir du politique, je veux dire la dignité de l'homme.

Enfin, le Président appelle les catholiques et leur Eglise à la Liberté (et oui….) «  l'Eglise en politique a toujours été à la fois en avance et en retard, jamais tout à fait contemporaine, jamais tout à fait de son temps ; cela fait grincer quelques dents mais il faut accepter ce contretemps ; il faut accepter que tout dans notre monde n'obéisse pas au même rythme et la première liberté dont l'Eglise peut faire don, …..c'est d'être intempestive. »

Reconnaissons-le, l’ensemble du discours dessine le visage d’une laïcité à la Française autrement plus positif que les caricatures que nous subissons couramment. « Reconnaître les uns n’est pas diminuer les autres, et je considère que la laïcité n’a certainement pas pour fonction de nier le spirituel au nom du temporel, ni de déraciner de nos sociétés la part sacrée qui nourrit tant de nos concitoyens.

Je suis, comme chef de l’Etat, garant de la liberté de croire et de ne pas croire, mais je ne suis ni l’inventeur ni le promoteur d’une religion d’Etat substituant à la transcendance divine un credo républicain.

**************

Fort bien… et maintenant que penser de tout cela, après que ce discours  ait déclenché les réactions attendues ( « Discours de sous-curé » pour Jean-Luc Mélenchon).

Emmanuel Macron, avec ce discours prononcé devant les catholiques, mais transposables aux autres grandes religions présentes dans notre pays, a posé le cadre conceptuel  qui permettrait de moderniser et de positiver la laïcité à la Française.

La loi de 1905 est, en effet, d’abord une loi d’émancipation de l’Etat de l’influence de l’Eglise, le catholicisme étant ultra-majoritaire dans la société de l’époque.

Nous sommes en 2018. L’indifférentisme religieux est majoritaire en France, mais à ses côtés, cohabitent plusieurs minorités qui vivent leur foi de manière ardente, les catholiques ayant appris douloureusement… à être minoritaires.

Emmanuel Macron se servira-t-il de ce cadre conceptuel pour adapter notre législation de 1905, qui le mériterait ? la réponse est évidemment non tant que les relations entre l’Islam et la République ne seront pas normalisées et, entre nous, il aura raison de ne pas le faire pour éviter de déchirer inutilement le pays.

Alors tout cela pour rien ?  Ce n’est pas rien, pour nous Catholiques, que d’avoir un Président qui nous tire vers le haut en affirmant « Pour des raisons à la fois biographiques, personnelles et intellectuelles, je me fais une plus haute idée des catholiques. » 

Suis-je, sans excuse, naïf devant d’habituelles flatteries d’un homme politique ? Et bien, je ne le crois pas pour trois raisons :

D’abord parce que les catholiques français ne sont plus un bloc homogène depuis longtemps. Emmanuel Macron sait qu’en flattant les uns, il se mettrait à dos les autres. Inutile.

Ensuite parce que les catholiques, au final, jugeront la Présidence Macron à ses actes, à ses fruits, sur les grands enjeux spirituels de notre époque : la bioéthique, les migrants, encore et toujours les pauvres…. 

Enfin, parce que les catholiques croient  à l’importance de la parole et à son efficacité.

Pour votre parole forte, monsieur le Président, merci.

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