Le site officiel
Blogging

› Voir tous les billets du blog

Les réflexions d'un élu engagé au service de sa ville et de son territoire

« Gilets jaunes » : ce que nous nous sommes dit.

Publication : 03/12/2018  |  10:31  |  Auteur : Webmaster

Les maires du Lot-et-Garonne tenaient leur Assemblée générale samedi dernier au Temple-sur-Lot. En début de journée, une dizaine de représentants des gilets jaunes nous y attendaient. L’échange fut à la fois respectueux de chacun et sans concession hypocrite.

Qu’ai-je retenu de cet échange ?

D’abord, l’intensité de la question centrale posée par les « gilets jaunes », à savoir la question sociale et celle des inégalités dans notre pays.

Enfin, les deux lignes « rouges » qui fascinent une partie au moins des gilets jaunes et qu’il est important que ce mouvement ne franchisse pas : la démocratie républicaine et la violence.

La question sociale d’abord : nous devons prendre le temps d’écouter attentivement le discours des gilets jaunes. Si on dépasse les contradictions et incohérences, inévitables dans un mouvement spontané, parti de la base comme celui-ci, le discours des gilets jaunes est aujourd’hui un discours de justice sociale. Dans un pays surtaxé, les nouvelles taxes sur le carburant n’ont été que le détonateur, la goutte d’eau qui a fait déborder le vase.

Les gilets jaunes portent aujourd’hui une revendication forte de nouvelle répartition des efforts fiscaux faits par les Français. En clair, ils estiment que les 18 premiers mois d’Emmanuel Macron ont été trop favorables aux plus riches de nos concitoyens (suppression d’une partie de l’ISF, flat tax sur les plus-values,…) alors que les dernières mesures (hausse de la CSG non compensée pour les retraités, hausse des taxes sur les carburants,…) frappent prioritairement les français aux revenus modestes. D’où un certain nombre de leurs propositions qui m’ont été rappelées Samedi : rétablissement de l’intégralité de l’ISF, etc…

Il faut écouter et répondre à cette attente sociale.

Je le dis en assumant mon positionnement politique. Un an après l’élection présidentielle, j’ai décidé de rejoindre le Modem dans la majorité présidentielle pour la politique de réformes qu’elle mène et pour son positionnement clairement pro-européen. Je voterai pour la liste de la majorité présidentielle aux prochaines élections européennes prévues en mai 2019.

Mais, ceci dit sans ambiguïté, je tiens à ma liberté de convictions. J’ai toujours dit que les deux « points faibles » des débuts de cette majorité étaient sa politique territoriale et sa politique sociale (lire ma chronique du 17/09/2018, pour le coup annonciatrice et lucide : http://jeandionis.com/blog/macron-an-ii-second-souffle). J’y affirmais : « Liberté pour les territoires, solidarité avec nos concitoyens les plus exposés. Voilà mes propositions pour l’an II. Il faut qu’un bon vent se lève dans ces deux directions. ».

Nous y sommes sous la pression des évènements. Je connais la réalité macroéconomique de notre pays.

Oui, la France est championne du monde des taxes avec des prélèvements obligatoires représentants 48% de son produit intérieur brut  (moyenne de l’Union Européenne : 40%).

Oui, la France est aussi championne du monde des dépenses publiques représentant elles 57% de ce même PIB (moyenne de l’Union Européenne : 44%).

Oui, la France a des finances publiques déficitaires (en 2017, 61 Mds €) et une dette publique élevée (100% de notre PIB).

Il n’y aura donc pas de tour de passe-passe ou de repas gratuit. Il faut donc, mettre en œuvre un rééquilibrage fiscal (toutes les options doivent être étudiées, ISF compris…) en faveur des classes moyennes et populaires et prioritairement les actifs en taxant les plus favorisés de nos concitoyens.

En France, on ne badine pas avec l’égalité et c’est tant mieux.

Après, en matière de pouvoir d’achat, à chacun de balayer devant sa porte. L’Etat ne peut pas être le bouc émissaire de tous les malheurs de la terre.

Aux maires de balayer devant leurs portes : comment ? En n’augmentant pas les impôts locaux, en baissant le prix des services municipaux. A Agen, j’ai la fierté de dire que nous faisons notre part de ce travail : nos impôts locaux n’ont pas bougé depuis 15 ans et à titre d’exemple, la renégociation des services de l’eau permettra aux familles agenaises de faire entre 80 à 200 € d’économies annuelles sur un budget annuel initialement de 600 € .

Aux citoyens de balayer devant leurs portes et devant leur façon de consommer, de covoiturer quand ils le peuvent, d’aller le plus possible vers les échanges de services gratuits, etc…

Restent les lignes rouges que nous, les maires, nous avons tracées en réponse à leurs revendications : la démocratie et la violence.

Aucune concession ne doit être faite aux gilets jaunes sur le terrain de la démocratie. Aucune, même pas sur le terrain glissant des insuffisances de la démocratie représentative et sur la nécessité de l’émergence d’une démocratie plus directe. Le Président de la République est l’élu du suffrage universel, comme nos parlementaires. Leur légitimité est incontestable. Et il faudrait être bien naïf pour ne pas voir derrière les discours de ceux qui la contestent l’ombre inquiétante de tous les extrémismes.

Enfin, j’ai senti que, pour certains, la violence pouvait être une tentation. Elle serait pour ce mouvement une impasse absolue et la raison d’un retournement brutal de l’opinion publique, aujourd’hui favorable, contre ce mouvement. Les faits inqualifiables de la manifestation parisienne de ce week-end et les réactions qui s’ensuivent ont déjà fait un mal considérable à ce mouvement.

Lame de fond venant des profondeurs du pays, ayant enflé par les réseaux sociaux, la vague «jaune » annonce ce que sera la vie politique au 21ème siècle. Elle mérite toute notre écoute et une sortie politique par le haut, c'est-à-dire renforçant l’unité nationale.

Nous sommes tous responsables de cette sortie.

 

 

Photo : Thierry BRETON pour SUD-OUEST

Les réactions

C.est une très bonne analyse et synthèse de la situation. Pas de langue de bois et de la sénérité dans les propos en essuyant d’apaiser les revendications mais tout en compréhension des événements. Cependant et cela est primordial et bien écrit nous devons préserver notre République et notre Démocratie. Félicitations Jean pour ton courage et ta plume.

Je pense qu' il faut pousser plus loin la réflexion puis l'action. Ce que nous vivons c'est une crise "d'adaptation " dans un monde où le travail de production ne nécessitant pas une grande qualification a été transféré vers des pays à faible coût de main d'oeuvre.
La réponse de nos politiques n'a été ni adaptée ni bien courageuse. Ce n'est pas en redistribuant à tous une richesse moins abondante qu' avant qu' on résoud les problèmes. On fait juste partir les riches vers l'étranger (Belgique, Suisse voir la Grande Bretagne d'avant Brexit ou même les USA ou le Portugal...) et on lamine (pressure ) la classe intermédiaire qui se pauperise. Ce modèle socialisant qui donne bonne conscience n'a fait qu'attirer des migrants globalement sous qualifiés qui ne prennent du modèle français que les subventions à l'inactivité sans volonté de vraiment s'intégrer.
Pour adapter la FRANCE il faut que nos élites qui dirigent ,changent et aient le courage de prendre des décisions courageuses (donc non démagogiques) . On n'a pas voulu jouer sur la TVA et préféré augmenter la CSG. La TVA peut être modulée en fonction de la destination (première nécessité,luxe etc...)tout comme la taxe sur les GAFA et/ou les transactions financières. Ces mesures par ailleurs ne désavantagent pas les emplois en France car elles ne rajoutent des charges...
Si nos élites ne se "remuent pas" demain nous auront un "TRUMP " Français ....
Le Président Macron pour qui je n'ai pas voté (ni pour Marine d'ailleurs !) avait raison de dire qu'il faut réformer et favoriser la France qui travaille...mais il faut dépasser une gestion "com-table " de la France pour lui donner l'envie d'affronter ensemble l'avenir avec succès. A vous de jouer. ....

Réagir à cet article

Filtered HTML

  • Les adresses de pages web et de courriels sont transformées en liens automatiquement.
  • Tags HTML autorisés : <a> <em> <strong> <blockquote> <ul> <ol> <li> <p> <br>
  • Les lignes et les paragraphes vont à la ligne automatiquement.

Plain text

  • Aucune balise HTML autorisée.
  • Les adresses de pages web et de courriels sont transformées en liens automatiquement.
  • Les lignes et les paragraphes vont à la ligne automatiquement.