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Les réflexions d'un élu engagé au service de sa ville et de son territoire

Les (vraies) leçons de ces élections municipales.

Publication : 29/06/2020  |  11:49  |  Auteur : Jean Dionis

J’ai passé, ce soir, une soirée électorale plutôt tranquille. Les électeurs Agenais ayant décidé de nous réélire dès le premier tour, j’ai pu avoir l’attention et prendre la distance nécessaires pour analyser les résultats qui tombaient les uns après les autres et commencer à dégager quelques-unes des vraies leçons de ces municipales 2020.

Première leçon écrasante et, pour tout dire, un peu déprimante : une abstention à un niveau historique : 59%.

Bien sûr, une des raisons principales de ce taux d’abstention est l’épidémie de COVID : peur résiduelle élevée des électeurs et campagne d’entre deux tours illisible, trop longue (3 mois et demi), et infaisable (réunions publiques interdites, etc…). Je l’ai écrit dans une chronique précédente, que nous ayons été élus le 15 mars au premier tour ou le 28 juin au deuxième tour, nous sommes tous, marqués indélébilement, les maires « Coronavirus » (lire ma chronique  http://jeandionis.com/blog/maires-coronavirus ). Il nous reviendra, à nous les maires de 2020, de ne pas oublier le COVID et d’en tirer toutes les leçons et conséquences municipales.

Mais nous aurions tort de ne lire cette abstention historique qu’au prisme du COVID. Jetez un petit coup d’œil à l’évolution de ce taux sous la Vème République. Ce taux est au plus bas en 1983 (abstention 2ème tour : 20,3%), il monte de manière continue jusqu’au précédent record de 2014 (abstention 2ème tour : 37,9%), il explose en 2020 (abstention 2ème tour : 59 %). Même sans le Coronavirus, la démocratie représentative municipale est elle aussi touchée par la désaffection croissante d’une partie importante du corps social.

Et nous devons regarder lucidement ce double bilan qui fait effectivement du maire l’élu qui a, de très loin, la plus grande confiance des citoyens, mais qui, simultanément, voit une partie massive du corps social se détacher de l’acte citoyen de base de la démocratie locale.

La réponse démocratique est tout sauf évidente…..encore faut-il la chercher. A Agen, nous la cherchons dans la démocratie représentative ancrée au plus près des citoyens dans chacun de nos conseils de quartier, nous la cherchons aussi dans la démocratie participative ouvrant tous les travaux municipaux aux parties prenantes…..Passionnant laboratoire démocratique agenais.

Deuxième leçon : la vague verte. Cette vague était prévue (notamment par les sondages). Elle est au rendez-vous, particulièrement spectaculaire dans les grandes villes (Marseille, Lyon, Bordeaux, Poitiers, etc…). Il y a, chez les électeurs urbains, une attente quasi-consensuelle sur certains thèmes historiquement portés par les écologistes : les nouvelles mobilités, la végétalisation de la ville, la qualité de l’air, l’économie circulaire (déchets, recycleries…) etc…

Attention, à ne pas oublier la France rurale, qui a très largement élu ses maires au premier tour et qui n’a pas les mêmes priorités.

Mais le message de la transition écologique, porté notamment par les jeunes dans nos villes moyennes et importantes, doit être entendu. C’est aussi simple que cela. Les municipalités qui avaient des bilans contestables dans ce domaine ont été balayées. Celles qui avaient un vrai bilan positif dans ce domaine et qui n’ont pas laissé l’exclusivité de ces thèmes porteurs aux écologistes d’EELV ont bien résisté. C’est le cas à Toulouse, à Pau ou à Agen dans notre région du sud-ouest.

Cette vague est-elle irrésistible ? Oui, sur ce qu’elle dit des attentes de nos concitoyens en milieu urbains, mais non, bien sûr sur la forme qu’elle a prise ce soir à savoir le vote pour les verts EELV. Et ceci, pour une raison très simple, les nouveaux maires EELV, comme tous les autres, vont être jugés sur leurs actes et non plus sur leurs discours. Est-ce que je suis absolument ébloui par le bilan du maire écologiste de Grenoble, Eric Piolle, en poste depuis 6 ans ? Pas vraiment, sur le fond des actions qu’il a menées, même s’il a été brillamment réélu ce dimanche.

En ce qui nous concerne à Agen, j’ai pendant toute la campagne martelé que l’ambition écologiste était portée par la liste que je conduisais beaucoup plus que par ma concurrente, écologiste EELV. Nous allons mettre en œuvre notre programme particulièrement ambitieux et innovant en la matière et ainsi, à Agen comme en de nombreuses villes de France, nous ferons la démonstration que l’écologie municipale est maintenant un bien commun de familles politiques très différentes.

3ème leçon : une défaite pour la majorité présidentielle. Oui, indiscutablement. Aucune grande ville avec un maire LREM et LREM ne s’en sort que dans le cadre d’alliances avec des maires solidement enracinés. Il y a donc indiscutablement des leçons à tirer de ce scrutin pour le parti présidentiel et ses alliés et notamment le Modem auquel j’appartiens. LREM devra tirer les conséquences de la faiblesse de son ancrage territorial dans ses stratégies futures pour les élections locales à venir (départementales et régionales…). Hors d’alliances larges et collant au terrain, point de salut.

Le Modem aura un rôle central clé dans la construction de ces futures alliances. Elles devront avoir entendu les messages programmatiques majeurs de ces élections municipales : transition environnementale, défi numérique, lutte contre les inégalités sociales…

Est-ce que cette défaite annonce mécaniquement quelque chose d’équivalent pour les scrutins à venir ? La réponse est évidemment non. N’oublions pas que c’était aussi une élection intermédiaire de mi-mandat et que celles-ci sont toujours difficiles pour le pouvoir en place.

Rappelez-vous :

2008, vague rose aux municipales, défaite pour Nicolas Sarkozy,

2014, vague bleue aux municipales, défaite pour François Hollande. Tout cela est aussi assez mécanique.

Relever le défi démocratique mis en lumière par l’abstention de masse, entendre la volonté populaire en matière de transition écologique et la porter à l’intérieur de chacune de nos familles politiques, construire, sur des terrains forcément très spécifiques, les futures alliances gagnantes de demain, voilà, me semble-t-il, les vraies leçons de ces municipales 2020.

Je profite de cette chronique, en tant qu’ancien dans la fonction de maire, pour souhaiter un bonne prise de fonction à tous les élus de dimanche et beaucoup de bonheur aux futurs maires dans l’exercice du plus beau mandat de la République.

 

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