Dimanche 22 mars, 19 h, notre défaite aux élections municipales d’Agen devient certaine.
Laurent Bruneau (union de la gauche) remporte l’élection avec 4058 voix (39,05%)
La liste, que je conduis, arrive en 2ième position, avec 3568 voix (34,33%)
La liste RN arrive en dernière position avec 2766 voix (26, 62 %).
Cette défaite, je ne l’ai pas vu arriver ou plus exactement je ne l’ai vu arriver que très tard, 15 jours avant le 22 mars.
Les résultats des législatives 2024 (1er tour Gauche-LFI : 34 %, RN : 33%, bloc central : 29 %) nous avaient alerté sur le fait que cela serait serré. Mais, par excès de confiance, j’avais toujours pensé que nous pourrions l’emporter 40 pour nous, 30 pour la gauche et 30 pour le RN.
Le sondage « la dépêche », une semaine avant le premier tour, (donnant Bloc central : 37 gauche : 35, RN : 30, Extrême-Gauche : 2) avait commencé à nous alerter.
Mais c’est surtout les mauvais résultats du premier tour (Gauche : 34, nous :32, RN : 30 et Extrême-Gauche : 2,5) qui m’ouvrirent, trop tard, les yeux……Nos efforts du second tour, bien réels, ne suffirent pas à retourner l’élan vers la liste de gauche.
Dans l’interminable après-midi de ce dimanche 22 mars, je pris le soin d’informer ma famille et ma première adjointe de ma décision de me retirer de la vie politique Agenaise si nous étions battus.
Pourquoi ? pour laisser le champ libre à la nouvelle génération dans la reconstruction d’une offre politique conforme à nos convictions. Autant il me paraissait légitime de continuer à diriger Ville et Agglo en cas de succès, autant il m’est apparu clairement, qu’en cas d’échec, je devais m’effacer. Cet effort d’anticipation, pour douloureux qu’il fut, a été salutaire. Il permit notamment un démarrage fort et clair, dès le lundi 23 mars, de la très belle campagne d’Olivier Grima à la Présidence de l’Agglo avec le succès que l’on lui connait depuis.
Pour le reste, je connaissais déjà le goût amer de la défaite, pour avoir perdu les Municipales de 2001 en tandem avec Philippe Lacaze ou à l’occasion des Législatives de 2012. La blessure est forcément brutale et profonde. Elle est forcément blessure narcissique et égocentrée, mais elle est bien plus large que cela : plus encore que pour moi – j’ai servi ma ville et elle me l’a bien rendu – j’ai été profondément triste pour la belle équipe fédérée autour de moi et pour ma petite patrie Agenaise, qui, à mon humble avis, ne prenait pas le bon chemin en matière de projet territorial….
Le goût amer de la défaite, ce sont ces résultats, ces chiffres qui vous obsèdent, ces bureaux à vider rapidement, ces journées trop longues d’un emploi du temps qui s’est vidé. Ce sont aussi les regards obliques, hypocrites, les sourires en coin, de celles et ceux qui, visiblement, n’ont pas voté pour vous ou, encore plus douloureux, les messages de tristesse et de douleur sincère de celles et ceux qui, eux, ont voté pour vous et qui vous submergent …. Ces collaborateurs de cabinet, dévoués, talentueux, brutalement sans travail….
Ce sont encore ces professeurs de sciences politiques de la dernière heure, tous les « je te l’avais bien dit » qui viennent vous donner la dernière explication décisive de votre échec….
Oui, il ne faut pas se raconter d’histoire. C’est dur pour moi, mais surtout très dur pour celles et ceux embarqués, depuis plusieurs mois, avec nous dans cette compétition à quitte ou double que sont les élections. On serre les dents. On se serre les coudes. Ça va passer…forcément.
Entendons-nous bien. Comme l’a dit de manière forte et élégante F. BAYROU après sa défaite à Pau, « on ne peut pas trouver belle la démocratie lorsqu’on gagne et ne pas la saluer lorsqu’on perd ». J’ai donc salué et félicité démocratiquement et respectueusement le nouveau Maire d’Agen, Laurent Bruneau. Et réciproquement, on peut dire avec fierté que la transition démocratique à Agen s’est faite proprement. Il n’y a pas eu, chez nous, ces scènes laides et indignes où les maires battus sont partis sous les insultes…Tant mieux et merci à tous.
Oui, je suis profondément démocrate. Pas uniquement par pragmatisme cynique un peu churchillien, du genre «la démocratie, le pire des systèmes à l’exception de tous les autres ». Non, je suis démocrate positivement parce que la démocratie donne le même poids politique à chaque homme, à chaque femme », incarnant de manière magnifique la promesse républicaine d’égalité et en prolongement de la dignité irréductible de chaque homme ou de chaque femme, chère aux grandes spiritualités de notre pays.
Cela dit, la démocratie ne produit jamais que de la légitimité (et c’est essentiel) et non pas de la vérité ou de la pertinence. Par nos procédures démocratiques, Laurent Bruneau et Olivier Grima sont devenus respectivement pour Laurent Bruneau, le maire légitime d’Agen et pour Olivier Grima, le président légitime de l’Agglomération.
Légitimes, ils méritent et l’un et l’autre qu’on leur donne leur chance d’agir et un peu de temps pour se mettre en place. Nous les jugerons sur leurs résultats.
Cela n’enlève en rien aux critiques de fond que j’ai portées contre le programme de Laurent Bruneau. C’est maintenant à l’opposition municipale de les faire vivre au regard de la gouvernance municipale que produira Laurent Bruneau.
Les conseillers communautaires ont entendu les critiques portées sur la partie la plus faible du programme de Laurent Bruneau, à savoir son projet d’Agglomération. En élisant Olivier Grima comme Président D’Agglomération, ils ont, de manière décisive, rééquilibré le projet territorial Agenais.
En écrivant cette première chronique post-électorale, j’ai clairement conscience de n’avoir rien dit sur mon « diagnostic », sur les causes de notre défaite, et encore moins sur ma vie future (soyons honnêtes, il y a eu aussi des bons moments dans ce mois pénible : la famille rassemblée à Biscarosse pour le baptême de Juliette, ma petite-fille…).
Il me faut, en effet, me « réinventer ». Passionnant…Pas facile. Je suis preneur de tous vos conseils, fraternels bien-sûr.
Je vous promets donc au moins deux nouvelles chroniques sur ces deux sujets : le diagnostic et la vie après la politique agenaise ….
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Amitiés fidèles,
Jean Dionis
