Basilique Sagrada Familia : La Miraculeuse
J’étais passé à côté de Barcelone tout au long de ma vie. C’est mon fils Bruno, qui y est enraciné avec femme et enfants depuis maintenant 7 ans, qui m’a fait découvrir la capitale Catalane.
Barcelone a tout d’une grande métropole Européenne : la population (Barcelone et son agglomération, ce sont plus de 6 millions d’habitants), l’activité économique et industrielle, l’effervescence culturelle …et politique (avec la tentation de l’indépendance), sans oublier son club de foot, le Barça (FCB), grand d’Europe lui aussi….
Mais, à mon humble avis, Barcelone a une place à part dans ce cénacle très fermé des grandes Villes Européennes. Elle est la seule à construire une cathédrale au 21ième siècle. Toutes les grandes villes européennes - y compris Barcelone - s’en sont couvertes, pour la plupart, entre le 11ième et le 13ième siècle.
Pourquoi ? Parce qu’au cœur de ce 19ième siècle, sécularisé, voir anticlérical, mais en même temps marqué par une vraie ferveur populaire catholique, des catalans, des barcelonais, ont voulu une cathédrale pour la Sainte famille ….pas uniquement pour Jésus, pas uniquement pour Marie, pour Notre-Dame, mais pour Joseph, Marie et Jésus.
Je m’y suis rendu à trois reprises et à chaque fois, j’ai été bouleversé….
Et au-delà de l’émotion esthétique devant la beauté omniprésente dans la basilique, c’est le sentiment d’être en présence d’une œuvre miraculeuse, parce que totalement improbable, et parce qu’unique dans son identité et sa beauté qui vous renverse ….
La basilique de la Sagrada Familia, c’est d’abord un miracle de la volonté populaire Catalane :
Avant tout maître d’Œuvre, il faut un maître d’ouvrage.
Et la personnalité un peu écrasante d’Antoni Gaudi, le génial architecte de la Sagrada Familia, nous fait oublier que les porteurs du projet ont été les membres d’une société obscure, les dévots de Saint Joseph animé par un libraire catholique, José- Maria Bocabella, comme il en existait beaucoup dans ce 19ième siècle à la fois sécularisé, mais avec des communautés chrétiennes ardentes, comme celle -ci.
Et enfin le projet prend vie, avant Gaudi …. La première pierre est posée le 19 mars 1882 sous la direction de l’architecte Francisco de Paula del Villar.
Mais après seulement quelques mois, des désaccords apparaissent et Villar quitte le projet.
En 1883, le jeune architecte Antoni Gaudí reprend le chantier. Il transforme complètement le projet initial de style néogothique en une œuvre beaucoup plus ambitieuse et novatrice.
Au fil des années, Gaudí consacre une part croissante de sa vie à la basilique. À partir de 1914, il abandonne pratiquement tous ses autres projets pour se consacrer exclusivement à la Sagrada Familia.
Le 7 juin 1926, Gaudí est renversé par un tramway à Barcelone. Il meurt trois jours plus tard.
À cette date, seule une petite partie de la basilique est achevée :
- La crypte ;
- L’abside ;
- Une partie de la façade de la Nativité ;
- Une seule tour (sur 18 dans l’édifice final) est entièrement terminée.
Gaudí savait que l’édifice ne serait pas achevé de son vivant. Il aurait déclaré :« Mon client n’est pas pressé », en parlant de Dieu.
Nous sommes en 2026 et Barcelone a tenu à honorer Antoni Gaudi « en terminant » le chantier pour le centenaire de sa mort. Et ces cent ans soulignent le premier miracle de la Sagrada Familia à savoir celui de la permanence d’une volonté populaire catalane intacte malgré toutes les vicissitudes de l’histoire catalane et espagnole moderne. Et en effet, dans ce siècle de fureur que fut le XXième siècle, que d’occasions de dire : « on arrête ! » …et d’abord la guerre civile Espagnole en 1936.
Pendant la Guerre civile espagnole, Barcelone est le cœur battant de la résistance républicaine et des groupes anticléricaux incendient une partie du chantier. L’atelier de Gaudí est détruit et de nombreux plans, dessins et maquettes sont perdus. Les architectes suivants devront reconstituer une partie de ses intentions à partir des fragments sauvés.
Mais après la guerre, le miracle opère…et les travaux reprennent progressivement. Les générations successives d’architectes étudient les modèles laissés par Gaudí et poursuivent la construction et à partir des années 1980 et 1990, l’utilisation de l’informatique, puis de la modélisation 3D, accélère considérablement le chantier sans que jamais celui-ci soit remis en cause…….
Mystère de l’identité catalane et de la volonté qu’elle engendre : alchimie unique faite de fierté nationale, de modernité politique et sociale et de foi catholique ardente….
Barcelone et la catalogne ont ardemment voulu la Sagrada Familia. Et cette volonté ardente se retrouve dans le financement de la basilique, intégralement fourni par les dons et autres recettes propres (visite), contrairement à de si nombreuses cathédrales européennes.
La Sagrada Familia, c’est, enfin, le miracle de la récréation de la cathédrale chrétienne
La plupart des églises chrétiennes, et à fortiori des cathédrales, obéissent à un principe directeur qui est celui de la croix avec une nef centrale et son chœur et perpendiculairement un transept. Leur entrée est à l’Ouest et leur chœur est à l’Est.
Pour la Sagrada Familia, Gaudi s’affranchit de cette norme et invente une architecture inspirée de la nature. Il rejette les lignes droites qu’il considère comme artificielles. Il s’inspire des arbres, des os, des coquillages et des formes organiques. À l’intérieur, les colonnes se ramifient comme une forêt, donnant l’impression de se trouver sous un toit végétal plutôt que dans une église. A l’extérieur, l’allégorie à la nature et à la forêt s’impose plus encore avec les 18 flèches de la basilique.
L’intérieur est célèbre pour ses piliers-arbres, mais aussi pour ses vitraux qui projettent des couleurs différentes selon l’heure de la journée : tons bleus et verts à l’est, rouges et orangés à l’ouest. La lumière fait partie intégrante de la conception spirituelle de l’édifice. La Sagrada Familia mérite son beau nom de « cathédrale de la lumière »
Bref, vous l’aurez compris. Pour moi, la Sagrada Familia est un miracle parce qu’elle réunit trois dimensions rarement associées : une vision artistique révolutionnaire, une profonde symbolique religieuse et un chantier qui traverse les générations depuis près d’un siècle et demi. C’est à la fois une église, une œuvre d’art et un projet vivant.
Mercredi prochain, le miracle sera accompli. Barcelone inaugurera Sa Cathédrale. Ne manquez rien des reportages, photos, documentaires.
Et Visca Catalunya ! (Vive la catalogne!)
@+, Jean Dionis
