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Les réflexions d'un élu engagé au service de sa ville et de son territoire

Electro-choc : "la France Périphérique" de Christophe Guilluy

Publication : 10/07/2017  |  11:47  |  Auteur : Webmaster

Je viens de terminer ce livre (Flammarion) et je suis encore sous le choc. C’est un livre de 2014. Je l’ai donc lu avec beaucoup de retard, touché par l’onde de choc qu’ont créée les analyses novatrices de cet auteur.

Je l’ai lu, comme toujours, par prescription d’amis m’ayant alerté sur la pertinence et la nouveauté du diagnostic.

Je l’ai lu parce que je suis un élu de cette France Périphérique, un élu d’Agen, ville moyenne du Sud-Ouest et du Lot-et-Garonne, département rural en souffrance tel qu’en atteste notre 84ème place dans le classement des départements selon le revenu moyen des ménages.

Alors, pourquoi un tel choc ?

D’abord parce que trois ans après sa parution, on ne peut être que frappé par la qualité de la prévision politique, quasi prophétique, faite en 2014 par Christophe Guilluy : explosion du PS et de l’UMP, poussée du FN, recomposition politique avec - au Centre - un grand bloc libéral…. facile à dire et à commenter après la séquence politique que nous venons de vivre, mais en 2014, après des élections municipales triomphales pour la droite ? Chapeau, l’artiste pour cet exploit, il fallait faire de la très bonne science politique et la « France Périphérique », à la croisée de la politique, de la sociologie et de la géographie, atteint ces rares sommets.

Enfin, et surtout, parce que ce livre permet de repenser en profondeur toutes nos politiques publiques (politique de la ville, ruralité, collectivités locales … ) aujourd’hui essoufflées autour de cette opposition structurante entre la France Métropolitaine et la France Périphérique.

Alors la thèse…..

La France d’aujourd’hui doit être vue en séparant deux réalités très différentes :

Celle de la France « métropolitaine » rassemblant 40% de la population (26 millions d’habitants, 2650 communes et les 25 aires urbaines les plus peuplées, chacune d’entre elles ayant une population d’au moins 370 000 habitants). Ce sont des aires prospères, adaptées à la mondialisation, avec des bassins d’emploi dynamiques. Elles accueillent 27,3 % des populations pauvres ou fragiles de notre pays.

Elles se composent de deux sous-ensembles, les « beaux » quartiers gentrifiés accueillant toutes les classes socioprofessionnelles supérieures de notre pays et les banlieues ethnicisées  de ces métropoles qui, d’un point de vue économique, fonctionnent ensemble et plus efficacement que l’on veut bien le dire d’habitude.

Celle de la France Périphérique et populaire rassemblant 60% de la population (39 millions d’habitants, 34 014 communes). La France Périphérique rassemble villes moyennes, villages et ruralité dans un même ensemble. C’est elle qui souffre principalement de la désindustrialisation et de la distance par rapport aux bassins d’emploi dynamiques. Elle concentre 72,7% des populations pauvres ou fragiles de notre pays. Elle se compose majoritairement des catégories populaires de notre pays d’origine française ou d’immigration ancienne.

Ces populations sont, quelles le veuillent ou non, piégées, au cœur de cette France périphérique, dans les véritables «  trappes à la pauvreté » que sont :

  • Le chômage, après la désindustrialisation
  • La propriété immobilière, impossible à revendre sans moins-value importante
  • Leur refus d’habiter dans les quartiers de mixité sociale dans les grandes agglomérations

Et le choc, pour le lecteur respectueux de Fernand Braudel et de son immense « Identité de la France » que je suis, c’est que ce maillage territorial ne fonctionne pas en synergie. En clair, Bordeaux n’entrainerait pas la région Nouvelle-Aquitaine. Elle la siphonnerait. Elle l’épuiserait... démonstration faite en 179 pages.

En conclusion, ma vision un peu naïve et idyllique que le  bel orchestre territorial – métropole, région, Département, Agglos, communes - jouait ensemble et harmonieusement vole en éclat à la lecture de ce livre brûlant.

Contrat de ville à Agen, lutte pour la survie de notre aéroport départemental, crise financière départementale, ce livre nous donne des clés d’analyse et d’actions nouvelles et puissantes. Contestable ? Réducteur ? Sans doute. A nous de faire les commentaires critiques qu’il mérite.

Mais, si comme moi, vous l’aimez cette France Périphérique, si  vous ne vous résignez pas à ce qu’elle s’enfonce dans la pauvreté et la précarité, alors lisez ce bouquin.

Comme moi, vous en sortirez mieux armés pour nos combats à venir.

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