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Les réflexions d'un élu engagé au service de sa ville et de son territoire

Brexit : tristesse et réflexion

Publication : 16/12/2019  |  15:05  |  Auteur : Jean Dionis

Lundi dernier, les Britanniques ont donné une majorité absolue au parti conservateur ProBrexit (365 députés sur 650) et à leur leader, le premier ministre actuel Boris Johnson. Celui-ci avait clairement fait campagne pour recevoir un mandat clair (son slogan de campagne était « Get Brexit done » : mettre en œuvre le Brexit). Ce faisant, les citoyens Britanniques ont confirmé le résultat du référendum du 23 juin 2016 au cours duquel 51,89 % des votants ont exprimé leur soutien à un départ de l'Union. Rien ne sert de biaiser en disant, ce qui est vrai, que le total des voix des anti-brexiters (Labour, Liberals, Nationalistes Ecossais, etc…) est supérieur à celui des pro-brexiters . Le système électoral britannique est inchangé depuis des décennies. Il est démocratique. Dont acte.

Cette fois, c’est donc fait. Les Britanniques vont donc quitter l’Union Européenne, sans doute au 31/12/2020 sur la base de l’accord négocié fin 2019 entre Boris Johnson et Michel Barnier, le négociateur de l’Union Européenne.  

Et brutalement…je me retrouve dans l’ambiance désolée et triste de la soirée des résultats du référendum du 29 mai 2005. Le peuple Français avait voté à plus de 54,6 % « NON » à l’approbation du traité constitutionnel. (et cerise sur le gâteau, mon département le Lot-et-Garonne s’était distingué par un vote contre à plus de 60%). Cette soirée était une soirée de défaite de la construction européenne et nous, militants pro-européens depuis le début de notre engagement politique, l’avons vécue comme une défaite.

Nous avions raison d’être tristes. 2005, le non au traité constitutionnel et 2008 la terrible crise financière des subprimes ont marqué le début d’une période faste pour les nationalistes et les populistes en tout poil : Pologne, Hongrie, Italie? ……De même, il ne faut pas se raconter d’histoires pour les jeunes enfants. Le Brexit sera non seulement long et complexe à mettre au point. Mais il se fera forcément dans le conflit et la douleur. Et ce soir, je pense à toutes celles et à tous ceux qui vont être impactés dans leur vie quotidienne.

Je pense à nos pêcheurs dont l’existence va maintenant être empoisonnée par l’interdiction de fait de pêcher dans les eaux territoriales britanniques.

 Je pense à nos policiers, nos douaniers, nos camionneurs qui iront à nos frontières, de la perte de temps en conflits ouverts.

Je pense aux 600 000 français vivant en Angleterre et aux 400 000 anglais vivant en France, dont la vie va être singulièrement compliquée !

Et je ne peux m’empêcher de dire in petto avec une colère contenue « Quel gâchis ! Quelle tristesse ! Quelle connerie ! ».

Je ne crois pas une seconde que va s’ouvrir une période de lait et de miel entre nos deux pays telle que nous le racontent ceux qui ont tant menti sur le Brexit, à commencer par Boris Johnson, qui portera à jamais le déshonneur de ces mensonges. Le Président de la République, Emmanuel Macron, était mardi dans son rôle lorsqu’il affirmait en s’adressant au peuple anglais : « Vous quittez l’Union Européenne, mais vous restez nos amis », mais la réalité, c’est que tout va devenir plus distant, plus compliqué, plus âpre avec nos amis Anglais. Or, oui, cela me rend profondément triste, car j’ai assez de culture générale concernant l’histoire de nos deux pays pour connaître le long chemin qui a fait de nous d’abord des ennemis implacables, puis des amis « à la vie, à la mort ». Et quand mes amis choisissent de s’éloigner de moi, alors, oui, je suis triste….

Mais la tristesse, seule, est mauvaise conseillère. Il nous faut penser le Brexit. Pourquoi en sommes-nous arrivés là ? Comment un grand peuple, une immense démocratie comme la démocratie Britannique a pu en arriver à faire une telle erreur stratégique et pas uniquement sur le plan économique, mais aussi par rapport à son intégrité nationale (pensons un moment à la dynamique de fractionnement à l’œuvre en Ecosse et en Irlande) ?

Le Mensonge est la première raison. Et il faut nous arrêter sur cette première cause fondamentale. Le référendum de 2016 sur le Brexit est sans doute une des toutes premières campagnes où le mensonge a été industrialisé, massifié, automatisé sur l’immigration, sur les sommes que pourrait récupérer le gouvernement Britannique en cas de sortie. Cette industrialisation du mensonge menace directement la démocratie. Nous serons obligés de la protéger de ces tentatives de déstabilisation.

Et l’Europe, dans tout cela, quelle est sa part de responsabilité dans cette rupture ? Comme dans toute rupture de relation, chacune des parties prenantes a bien sûr la sienne.

« Taking back control » : « reprendre le contrôle », le slogan des pro-brexiters ne manque ni d’allure, ni de dignité. Reconnaissons-le. La construction européenne s’est souvent faite au détriment de la souveraineté des nations qui la composent. Elle s’est souvent traduite dans les faits par un appauvrissement du pouvoir national auquel sont très attachés légitimement les peuples Européens.

Bref, nous avons raté l’articulation démocratique entre l’Union Européenne et les nations qui la composent. C’est un sujet central et difficile.

Je vous propose d’échanger avec vous sur « Construction Européenne et souveraineté nationale » sur la période allant de la demande d’entrée de la Grande-Bretagne en 1961 à sa sortie en 2021 à l’occasion d’une nouvelle chronique et je vous propose pour cela d’avoir comme grille de lecture, celle de David Djaïz, auteur d’un livre passionnant « Slow démocratie » (Editions Allary).

Cela sera l’objet de ma prochaine chronique.

...Et God save the Queen !

 

Les réactions

Salut Jean,

  Merci pour ton analyse très juste, personnellement je pense que l'on manque d'Europe et depuis 20 ans et la fondation de l' Euro on n'a pas avancé. Le problème pour moi n'est pas l'Europe mais les nationalismes, et je pense que l'on aurait dû faire l'Europe sociale et fiscale sur ces 20 dernières années.

 Mais le renoncement politique, l'argumentation facile de dire que c'est la faute à l'Europe font que certaines régions revendiquent leur indépendance (la Catalogne)... Ce qui nous amènerait à une balkanisation de l'europe et donc du sang et des larmes. Que personne ne voit cela me sidère.

Et donc vive l'Europe, et vivement enfin que l'on passe la seconde!

 

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