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Les réflexions d'un élu engagé au service de sa ville et de son territoire

Slow Démocratie : notes de lecture

Publication : 06/01/2020  |  13:19  |  Auteur : Jean Dionis

Je vous recommande chaudement la lecture du deuxième livre de David Djaïz : « Slow Démocratie » (Allary Editions) tellement ce livre m’a passionné.

Soyons honnêtes…J’avais plusieurs bonnes raisons de le lire.

Je l’ai lu, d’abord, par amitié pour son jeune et talentueux auteur, qui est un ami d’enfance de la famille Dionis (plus exactement d’un de mes fils, Vincent). Je l’ai vu grandir en âge et en talent. Je suis persuadé qu’il fait partie des rares personnes dont la vie peut produire, au final, une œuvre complète et aboutie. J’ai déjà lu et commenté sur ce blog son premier livre « la guerre civile n’aura pas lieu – les éditions du CERF  » (lire : http://jeandionis.com/blog/notes-lecture-guerre-civile-n-aura-pas-lieu-david-djaiz) et j’attendais avec impatience la suite. Elle a été à la hauteur de mes espérances.

Je l’ai lu, aussi, par patriotisme agenais. David a coché toutes les cases de l’excellence universitaire (normalien, énarque) et sa carrière, logiquement, se déroule, pour l’instant, à Paris. Mais avec beaucoup de sincérité, David revendique non seulement ses racines agenaises, mais aussi son vécu actuel d’habitant d’Agen. Lisez les très belles lignes d’amour qu’il a écrites – page 228 – sur « son territoire : sa petite patrie agenaise » et vous comprendrez que nous, David et les Agenais, avons en partage un regard « Agenais » sur les choses et les évènements de ce monde.

Je l’ai lu, enfin, parce que le sujet de son deuxième livre, à savoir : le retour des nations comme acteurs de premier plan d’une mondialisation réussie, m’a d’abord inquiété puis intrigué …Pour enfin me convaincre (avec quelques précisions et réserves qui ont leur importance).

J’avoue que le militant pro-européen que je suis depuis toujours a commencé par être inquiet et sur ses gardes avec ce plaidoyer pour les Nations (je garde en mémoire le discours de François Mitterrand devant le parlement Européen en 1995 et son fameux « le nationalisme, c’est la guerre »). Je suis d’une génération qui garde une immense gratitude à la construction européenne pour avoir fait de la réconciliation Franco-Allemande quelque chose d’infiniment plus précieuse que de beaux discours creux : soixante-quinze ans de paix ininterrompue…Et je ne suis vraiment pas certain qu’une seule approche bilatérale entre ces deux grandes nations aurait produit le même miracle inédit dans l’histoire moderne.

Mais la première partie du livre de David, brillante, a su me captiver. David découpe en deux l’histoire moderne post deuxième guerre mondiale :

-D’abord les trente glorieuses (1945-1975) : croissance annuelle très forte en Europe, augmentation générale du pouvoir d’achat, émergence d’une classe moyenne majoritaire, réduction des inégalités, part du commerce extérieur dans la production de la richesse nationale faible, légitimité démocratique très forte (participation de plus de 70% à la plupart des élections).

-Ensuite, les années actuelles jusqu’ à la terrible crise de 2008 (1975- 2008), celle d’une mondialisation incontrôlée rendue possible par une double révolution logistique (celle de cargos porte-containers) et financière, avec des économies nationales complètement ouvertes sur le commerce international avec pour conséquence la sortie de la famine des continents indiens et chinois, mais en contrepartie, l’explosion des inégalités, la crise écologique rendue palpable par le réchauffement climatique, la désindustrialisation en Europe, l’appauvrissement des classes moyennes européennes, avec comme corollaire politique, la montée en puissance du national-populisme et la perte de légitimité politique (recul de la participation aux élections…).

Ces années « Mondialisation débridée » ont coïncidé avec celles d’avancées décisives de la construction européenne : Marché unique, Monnaie unique, etc…et les traités qui vont avec. David fait avec brio la démonstration que ces années ont vu se réduire considérablement les leviers d’action des gouvernements démocratiques des nations européennes, coincées entre directives européennes et agences indépendantes, outils fidèles de la nouvelle doxa européenne « celle de la concurrence pure et parfaite ».

En tant que député du Lot-et-Garonne (2002-2012), j’ai moi-même expérimenté cette absence inadmissible de liberté d’action d’un parlement souverain. Avec mon ami, Charles de Courson, nous avions déposé une proposition de loi « pour l’amélioration de la compétitivité de l’agriculture française ». Pour l’essentiel, il s’agissait de baisser de 20% les charges payées par nos agriculteurs tout en finançant cette perte de recette pour la sécurité sociale par un prélèvement sur les résultats de la grande distribution. Bien montée, notre projet avança très vite et rassemblait un nombre impressionnant de parlementaires signataires…jusqu’à ce que Bruno le Maire, alors Ministre de l’Agriculture nous annonce…que cela ne pourrait se faire. Car une telle mesure serait requalifiée par Bruxelles comme aide d’Etat, absolument interdite car faussant la concurrence entre les Etats-membres.

La démonstration de David sur le recul de l’influence des gouvernements nationaux est passionnante et …convaincante.

So what ?

D’abord prendre conscience de l’impasse européenne. Il n’y a plus à court terme d’horizon fédéraliste à l’Union européenne (seuls 20% de l’opinion publique y est favorable et, en même temps, la régression que serait le détricotage de l’Union européenne, version généralisée du Brexit- serait très vite un échec économique, puis social, majeur… (réduction des marchés accessibles, etc.…) …le temps de « redonner les clés du camion » aux nations est arrivé…selon David.

Au final, suis-je convaincu ? Oui, à court-terme, disons 2020-2030. Toujours page 234, David écrit, « comme habitant, je me sens Agenais…comme citoyen, je me sens Français » et sur ce point décisif, il a raison. Oui, nous sommes tous des êtres de chair et de sang aux identités plurielles, complexes et entremêlées. Mais, il faut avoir l’honnêteté de reconnaître que l’identité la plus forte est l’identité nationale à cause de la langue qui structure notre vision du monde, à cause de l’Histoire nationale avec ses symboles (drapeaux, hymnes…) et de la mémoire collective qu’elle porte, avec ses drames et ses joies immenses. Bref, oui, la famille principale à laquelle nous appartenons est la famille nationale. Pour elle, j’irai jusqu’au bout de la règle démocratique à savoir : si je suis minoritaire, j’appliquerai la règle de la majorité parce que je tiens à l’unité de la famille.

Alors, oui David, pour la décennie qui vient, va pour tes nations aimables et pour le new deal territorial très innovant que tu appelles de tes vœux en complément avec les responsabilités retrouvées de l’échelon national !

 

 

 

A moyen-terme, se trouve ma réserve principale par rapport à « Slow Démocratie » …Il faut garder une ambition de progression vers l’universel. Aucun des grands problèmes de l’humanité, santé, inégalités, crise écologique, ne se résoudra sans une gouvernance mondiale et je ne crois pas qu’une gouvernance à 200 nations tellement différentes, plus fragiles et plus éphémères que David ne veuille bien le dire, permette l’émergence de cette gouvernance mondiale efficace que j’appelle de mes vœux pour les enjeux planétaires. Il faudra bien pour cela continuer à construire l’Union Européenne, poursuivre le long chemin de l’Unité Africaine, etc…

Vous ai-je convaincu de lire « Slow démocratie » ? Je l’espère. Car, ce livre m’a fait mieux comprendre les lignes forces de notre histoire actuelle, passionnante, mais si confuse…

Merci, David…et jamais deux sans trois ! Agen, et la France attend la suite…

 

 

 

Les réactions

Bravo au à David et à  son père.

Beau plaidoyer....

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