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Les réflexions d'un élu engagé au service de sa ville et de son territoire

Notes de lecture : « La guerre civile n’aura pas lieu » de David Djaïz

Publication : 18/08/2017  |  09:39  |  Auteur : Webmaster

Je viens de terminer la lecture de « la Guerre civile n’aura pas lieu » (CERF). Pourquoi cette lecture grave pendant mes vacances qui appellent plutôt à la légèreté ? 

Puisque nous lisons toujours par prescription, je l’ai d’abord lu parce que David est un ami de la famille Dionis depuis son enfance, qu’il est un fils talentueux d’Agen ayant à ce jour coché toutes les cases du parcours d’excellence universitaire. Et donc forcément, son premier livre, le  début de son œuvre (car je sais qu’il y aura œuvre) c’était son envol et je ne voulais pas manquer cet envol….

Mais, j’ai lu ce livre aussi car il traite d’une des questions les plus angoissantes que nous avons tous plus ou moins enfouie au tréfonds de nous–mêmes.

La question est simple, terrible : « la succession d’attentats terroristes que subit la France depuis 2012 débouchera-t-elle sur une guerre civile à grande échelle dans notre pays ? »

David Djaïz commence par nous ouvrir les yeux : « De Mohamed Merah (Toulouse 2012) à Adel Kermiche (assassinat du Père Hamel à Saint Etienne du Rouvray 2016), sur les vingt-deux terroristes qui ont frappé la France, quatre étaient étrangers, deux étaient des binationaux, mais les autres étaient Français ». Des Français qui tuent d’autres Français, cela s’appelle un acte de guerre civile et nous devons donc regarder en face ce spectre de la guerre civile.

Certains d’ailleurs, engagés en première ligne dans le combat anti-terroriste prennent ce risque très au sérieux et David Djaïz de citer l’audition parlementaire glaçante de Patrick Calvar, directeur général de la DGSI, notre direction centrale de renseignement anti-terroriste : « Vous rappeliez que je tenais toujours un langage direct. Eh bien, cette confrontation, je pense qu’elle va avoir lieu. Encore un ou deux attentats et elle adviendra. Il nous appartient de bloquer tous ces groupes qui voudraient, à un moment ou un autre, déclencher des affrontements intercommunautaires ».

Pour mieux nous vacciner contre l’horreur de la guerre civile, David Djaïz nous propose d’abord d’analyser le poison… de la guerre civile à travers l’histoire et notamment à travers celle de la dernière grande guerre civile française, à savoir les guerres de religion françaises du 16ème siècle. 

De cette analyse au scalpel, David DjaÏz nous propose un diagnostic qu’il nous faut entendre : La Guerre civile est un poison qui, pour diffuser dans tout le corps social, doit contenir et faire cohabiter trois éléments constitutifs majeurs :

- L’existence d’un groupe sociologiquement déterminé et disponible à agir (1ère condition)

- Une idéologie à prétention messianique (2ème condition)

- Un recours à un niveau extrême de violence promue comme salvifique pour tuer leurs ennemis  (3ème condition)

La situation de la France au 16ième siècle, celle des guerres de religion, correspond exactement à ce « tableau », notamment à cause des angoisses et des intransigeances de confession catholique. David appuie donc sa démonstration sur ce modèle.

Mais quid  du djihadisme français ?  Lui aussi malheureusement coche toutes les cases : 

Tous les  djihadistes français sont issus des quartiers sensibles, ont entre 15 et 30 ans, sont issus des classes populaires, ont souvent des familles très déstructurées, sont issus de la deuxième génération de l’immigration ou sont des convertis de fraiche date à l’islam. C’est parmi eux, dans ce terreau humain,  que se recrute le groupe déterminé et disponible pour agir, condition préalable pour qu’il y ait guerre civile.

Malheureusement, l’Histoire de l’Islam, dont nous sommes pour la plupart d’entre nous totalement ignares, a produit suffisamment de  courants et de déviances  pour fournir, aux djihadistes français, à la fois l’idéologie à la prétention messianique (instauration du califat, application universelle de la loi islamique, la charia) et  le niveau extrême de violence (négation de l’autre, à qui on refuse toute dignité humaine, parce que mécréant).

Tous « les ingrédients » de la guerre civile sont donc dangereusement rassemblés et pourtant, ….., jusqu’à ce jour, la guerre civile n’a pas eu lieu et le corps social français a résisté à toutes les tentatives des terroristes pour  l’amener dans le cycle infernal des provocations et des vengeances y compris les plus horribles, faites pour déclencher des représailles antimusulmanes, comme l’assassinat du Père Hamel.

Il reste que la vigilance s’impose. Et la vigilance, comme l’explique très bien David, ce ne peut pas être la seule tâche de l’Etat et de son appareil judiciaire, militaire et policier, ni même de ses politiques publiques socio-économiques. Bien entendu, des politiques publiques efficaces de  sécurité, et de  prévention des attentats, de justice socio-économique sont des priorités incontournables. Mais en aucun cas, elles ne suffiront à éteindre l’incendie de la haine civile …si elles ne sont pas complétées par une politique publique d’ « amitié civique » qui retissera les liens rompus entre les deux camps de l’affrontement à éviter. David Djaïz donne deux exemples très pertinents de cette politique d’amitié civique qui reste à inventer : la refondation du service national en un « don du temps » (6 mois ?) que devrait chaque jeune français à des causes d’intérêt général et d’amitié civique et la réconciliation franco-algérienne, qui n’a que trop tardé.

D’accord sur tout avec David ? Non, et c’est heureux. David a vocation à être un de nos intellectuels qui comptent dans les années à venir, pas un « prophète ». Un intellectuel, cela soutient la contradiction. Et à ce titre, il me semble que son plaidoyer pour une relance de l’Union de la Méditerranée est trop affectif, alors que l’on voit bien que c’est une idée mort-née parce que contraire à ce qui est notre grand chantier politique, à savoir la construction européenne.

Plus fondamental, encore, la belle phrase de son épilogue « la religion vaut pour nous davantage comme un hauban que comme un fondement » est forcément contestable et en tout cas amène David, en dépit d’un très beau passage sur l’islam français, a sous-estimé l’importance des enjeux théologiques et exégétiques dans le dépassement du conflit entre l’Occident et le monde arabo-musulman. 

David Djaïz m’a-t-il convaincu que, comme l’annonce, optimiste, son titre, la « guerre civile n’aura pas lieu » ? En tout cas, elle n’a toujours pas eu lieu. Les français, dans leur diversité, sentent avec effroi, l’horreur qu’elle porterait. L’analyse de l’auteur sur la mécanique de la guerre civile (les ingrédients nécessaires, les évènements déclenchant) est convaincante et passionnante. Je suis ressorti de ce livre, plus instruit sur le djihadisme et plus déterminé sur ce que nous, citoyens, avons à faire pour le combattre implacablement.

J’en recommande donc vivement la lecture à toutes celles et à tous ceux qui ne veulent plus « subir » le terrorisme, mais le comprendre et le combattre.               

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