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Les réflexions d'un élu engagé au service de sa ville et de son territoire

« En Guerre », comme un écho si profond….

Publication : 28/05/2018  |  10:49  |  Auteur : Webmaster

Je suis allé voir Lundi dernier le film « En Guerre » (voir la bande annonce) de Stéphane Brizé dans lequel Vincent Lindon est époustouflant de force et de vérité.  Le film, qui fait partie de la sélection officielle du festival de Cannes,  raconte le combat du personnel d’une usine de 1100 personnes conduit par son délégué syndical face aux actionnaires de son entreprise, qui veulent la fermer parce que sa rentabilité n'est pas jugée suffisante.

Vous devez aller voir « En Guerre ».

Allez le voir d’abord parce que le film a été tourné, chez nous à Agen et que l’on y retrouve nos lieux de vie emblématiques (le boulevard de la République, le Théâtre, la Mairie…..). Ce n’est pas un hasard. Agen a été choisi parce que, grâce au travail du Bureau d’aide au tournage (BAT 47), notre ville  et notre département savent accueillir efficacement  l’entreprise « nomade » qu’est la réalisation d’un film en 2018. Mais Agen a été aussi choisi parce que l’histoire de ce film a été notre histoire collective avec la lente agonie de l’usine métallurgique de Fumel ou avec la mort brutale de l’entreprise La Ruche Méridionale à Agen et que nos villes en portent les stigmates, en clair les friches industrielles, véritables fantômes de ce que furent ces entreprises.

Allez le voir ensuite parce que Stéphane Brizé, le réalisateur y a pris un risque fou et y a réussi une véritable innovation majeure : donner à des « vrais gens », parfaits amateurs, des seconds rôles très importants.  C’est notamment le  cas pour :

  • Mélanie Rover : Mélanie, la syndicaliste CGT
  • Jacques Borderie : M. Borderie, le directeur d’établissement
  • David Rey : le directeur administratif et financier
  • Oivier Lemaire  : le syndicaliste SIPI
  • Isabelle Rufin : la directrice des ressources humaines

Certaines de ces personnes sont mes amis. Ils sont juste exceptionnels de crédibilité  et de densité notamment lors de leurs dialogues avec Vincent Lindon, seul acteur professionnel de ce film. Pari gagné! Ce film nous percute, d’abord parce qu’il est crédible, à l’exception discutable de la dernière scène du film (chutt ! allez le voir…) et contrairement à ce que l’on pense à priori, la qualité du film n’en souffre pas.

Mais allez le voir surtout pour le message qu’il porte. La mondialisation de l’économie, conduite par une logique libérale  et sans régulation (ou si peu) des forces financières qui la mettent en œuvre a été pour les personnes et les familles appartenant aux classes populaires, un drame violent. L’image qui me vient spontanément après ce film est qu’elle fut et qu’elle est encore comme un gigantesque plan social dont les victimes sont d’abord les ouvriers et les employés de notre pays.

Entendons-nous bien. Moi et ma famille font plutôt partie des gagnants de la mondialisation et je connais par cœur les arguments en faveur de celle-ci : elle a été le moteur de la croissance mondiale connue de 1980 à 2018. La mondialisation a permis de sortir de l’extrême pauvreté  des centaines de millions de personnes habitant des pays Africains, Asiatiques et Sud-Américains. J’ai défendu ces arguments, parce que je les crois vrais, campagne électorale après campagne électorale.

Mais, il est tout aussi vrai que cette même mondialisation a détruit le travail de centaines de milliers de personnes, pour l’essentiel travailleurs non qualifiés, et que quand on perd brutalement son travail, notamment dans cette France périphérique où le travail industriel est devenu rarissime, et bien, ces ouvriers, ces employés, ils se battent le dos au mur. C’est l’histoire du film « En Guerre », mais c’est aussi celle de la lutte  des métallurgistes Lorrains, des ouvriers de Goodyear, de Moulinex… et de tant d’autres…

Or, en même temps que je découvrais « En Guerre », je finissais la lecture du livre de Christophe Guilly, « le crépuscule de la France d’en haut ». Cet auteur n’est plus un inconnu pour moi. Son livre « la France Périphérique » a eu, sur moi, l’effet  d’un vrai coup de poing intellectuel (lire ma chronique http://jeandionis.com/blog/electro-choc-france-peripherique-christophe-guilluy).

Dans son nouveau livre, Christophe Guilluy s’intéresse à nouveau aux classes moyennes et populaires de notre pays et met en avant les tendances lourdes de leurs comportements quotidiens :

- Exode de la France Métropolitaine sous la double pression du renchérissement du foncier dans ces métropoles et du refus d’être minoritaires « culturellement » dans les quartiers populaires de ces métropoles, 

 - Installation et sédentarisation dans « la France Périphérique » - ce qui explique la violence des conflits sociaux lorsqu’ils éclatent dans ces petites villes de périphérie où l’emploi est rare.

-  Insécurité face à la mondialisation. L'ouverture des frontières aux biens et aux marchandises se traduit pour celles et ceux des classes populaires par la perte croissante d'emplois industriels et par l'augmentation du nombre d'immigrés.

- Adoption d’un souverainisme hostile à l’Union Européenne et vote sans cesse croissant pour des votes protestataires, en rejetant les partis de gouvernement.

Qui d’entre nous balaierait cette analyse – certes critiquable sur certaines de ces affirmations clé – alors que la vague populiste déferle sur l’Europe ? Brexit, Hongrie, Pologne, Italie, Autriche… les résultats électoraux récents, comme le film «  En Guerre », doivent nous ouvrir les yeux.

Tous les arguments pro-européens – justes et forts – que nous employons depuis le référendum de 2005 se brisent sur la réalité de la vie quotidienne des plus fragiles de notre société française.

Soyons encore plus clairs. Nous devons faire notre aggiornamento pour entendre les plaintes et les peurs des employés et des ouvriers de notre pays. Si nous ne le faisons pas, non seulement nous perdrons les élections européennes, mais la France sera, à moyen terme, emportée – elle aussi – par la vague populiste.

Le cap Libéral et Européen reste le bon… à condition qu’il n’oublie pas sa dimension sociale.

Plus facile à dire qu’à faire. Certes, certes… mais il y a urgence à mettre en œuvre cet aggiornamento social... Nous en reparlerons dans les prochaines chroniques.

Tout cela nous emmène bien loin d’ « En Guerre ». Je ne crois pas. Ce film sonne vrai. S’il résonne fort au tréfonds de nous, c’est bien qu’en écho, une petite voix nous dit : « ce film a dit la vérité. Et maintenant, que faisons-nous ? ».

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