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Les réflexions d'un élu engagé au service de sa ville et de son territoire

Crise migratoire : Maintenant, on ne joue plus !

Publication : 25/06/2018  |  11:05  |  Auteur : Jean Dionis

Cette fois, c’est grave.

Le rendez-vous à seize chefs d’Etat européens, ce Dimanche à Bruxelles, devait renouer les fils de l’Union Européenne. Raté. Il n'a fait que confirmer les déchirements profonds de la famille Européenne sur la question migratoire. Malgré l'urgence et les bonnes intentions, il n'y a pas de «solution européenne» en gestation, face à un engrenage politique qui menace la liberté de mouvement et, à terme, l'intégrité de l'Union Européenne.

Dans ce contexte, le conseil Européen des 28 et 29 Juin sera dominé par cette question migratoire et se soldera selon toute vraisemblance par un constat d’échec pour l’élaboration d’une solution complète en matière de gestion des migrants. A court terme, il faut s’attendre à un morcellement des positions et, au mieux, à des accords bilatéraux et trilatéraux sans toujours attendre le reste des 28 États.

Les lignes de fractures sont connues. À l'intérieur de l'espace Schengen, elles portent sur le contrôle des frontières nationales et sur la répartition des demandeurs d'asile. En effet, au cœur du projet Européen, il y a la libre circulation des personnes. Revenir sur ce principe fondateur à cause de la question migratoire, c’est toucher au cœur la construction Européenne.

A bien y réfléchir depuis au moins 2015, cette question migratoire est devenue la question politique n°1 dans la plupart des pays Européens. Si on prend un peu de recul, on s’aperçoit avec netteté que le Brexit Britannique s’est joué sur l’immigration, que l’arrivée au pouvoir de l’extrême droite en Italie, en Autriche, en Pologne et en Hongrie n’a été rendue possible qu’après des campagnes très agressives sur ce sujet et que là où les souverainistes et l’extrême droite ne sont pas (encore ?) au pouvoir comme en Allemagne ou en France, ils progressent dangereusement élection après élection.

Donc, c’est grave. Donc, on ne joue plus…….

Dans ce débat, je sais où j’habite. Je suis pro-européen depuis toujours. La liberté de circuler dans l’Union Européenne est, pour moi, un progrès fondamental et le passeport de l’union européenne est pour moi une vraie fierté. Le retour au contrôle des frontières nationales serait non seulement une régression majeure, mais une belle escroquerie politique. Je laisse les nationalistes de tout poil aller expliquer sans rire que l’on n’a pas pu ou voulu contrôler l’immigration illégale avec la Méditerranée au milieu, mais que par contre – promis , juré la frontière sera étanche sur les 400 km de frontière pyrénéenne Franco-Espagnole ou les 300 km de frontière Alpine Franco-Italienne……

Par conviction, par raison, je veux dépasser la crise migratoire par plus d’Europe, et non par un retour parfaitement illusoire aux frontières nationales……et d’ailleurs, dans ce domaine, il y a quelques bonnes nouvelles. En effet, après six mois de négociations, le Parlement européen a voté le 6 juillet la création de l’Agence européenne de garde-frontières et de garde-côtes.

Elle reprendra et amplifiera les missions de contrôle aux frontières du dispositif Frontex.

Après douze ans d’existence, Frontex opère sa mue. Le dispositif, qui coordonne depuis 2004 la coopération opérationnelle des États membres sur le contrôle des flux migratoires aux frontières extérieures de l’Union européenne (UE), sera bientôt être remplacé par l’Agence européenne de garde-frontières et de garde-côtes avec un triplement de ses moyens en personnel et en effectifs…

Je suis en effet de ceux qui pensent que l’afflux de réfugiés doit être maîtrisé aux frontières de l’Europe. Et dans mon propre camp des pro-européens, je mets en garde toutes celles et ceux qui veulent, parfois avec générosité, ouvrir largement, voir totalement les frontières de l’Europe aux immigrés. Je leur demande de faire preuve de responsabilité. Que cela plaise ou non, la société française reste toujours précisément fracturée sur ce sujet. Une enquête Ipsos publiée en juillet 2017 par Le Monde révèle que les crispations envers l'immigration demeurent élevées. 65% des sondés jugent ainsi qu'il "y a trop d'étrangers en France", alors que 35% ne le pensent pas. Nier cet état de l’opinion publique française, c’est faire un déni grave de réalité. Et en démocratie, cela ne pardonne pas.

On peut lutter contre cette réalité, travailler en profondeur pour la faire reculer. Mais la nier, non. Je ne supporte plus les larmes de crocodile de celles et ceux qui se désolent devant la progression des extrêmes et qui, en même temps, par leur prise de position irresponsable créent les conditions de leur succès demain – y compris en France.

Alors, dans ces temps dangereux ou encore une fois, on ne joue plus, qu’est ce j’attends de notre Président de la République au Conseil Européen de jeudi prochain ?

D’abord qu’il tienne bon sur les fondamentaux Européens, et notamment sur la liberté de circuler des personnes à l’intérieur de l’Union.

Ensuite, qu’il obtienne que soit précisée la part de chaque pays Européen dans l’accueil des réfugiés et là, il faudra bien faire la différence entre les demandeurs d’asile que nous avons vocation à accueillir et les réfugiés économiques que nous ne pourrons pas – pour la plupart d’entre eux – accueillir. Pour cela, la mise en place rapide des centres d’accueil des réfugiés coordonnée avec le démarrage de la nouvelle Agence Européenne de garde-frontières et garde-côtes doit être une absolue priorité.

Enfin, puisque nous ne pouvons pas accueillir sur notre sol une partie importante des réfugiés économiques, il faudra avoir l’audace de rouvrir le dossier de l’aide au développement de ces pays chez eux. Nous, Français, consacrons 11 Mds € soit environ 38% de notre Revenu National Brut…..Je sais que cela ne va pas me rendre populaire. Mais, c’est notoirement insuffisant. La cohérence politique dans ce dossier explosif doit nous faire accroitre notre effort jusqu’à autour de 20 Mds €.

J’entends déjà les célèbres : « la Corrèze avant le Zambèze ! », « mes frères avant mes cousins, etc….. » .Une dernière fois, maintenant on ne joue plus……cet enjeu a un potentiel tragique énorme. On l’a dit avec raison, un vent mauvais se lève sur l’Europe ces jours-ci.

A nous d’y répondre, par le souffle fort de la responsabilité et du projet Européen !

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