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Les réflexions d'un élu engagé au service de sa ville et de son territoire

Mégafeux :"Et maintenant, que faire ?"

Publication : 05/08/2026  |  16:29  |  Auteur : Webmaster

A la sortie de ces quinze jours de mégafeux français, je suis, sans doute, comme vous, comme des millions, saturé d’informations toujours aussi angoissantes et un peu KO devant la difficulté à lutter contre ces drames.

Drame humain, d’abord : morts de 4 pompiers, des centaines de maisons brûlées, des centaines de milliers d’habitants déplacés. Gratitude immense envers celles et ceux de la première ligne du combat contre le feu, mais stupéfaction devant les difficultés rencontrées.

Drame écologique, ensuite : un mégafeu, ce sont d’abord des millions de tonnes de CO2 renforçant l’effet de serre et donc le réchauffement climatique. C’est aussi la fragilisation brutale de l’écosystème de la biodiversité (faune et flore) implantée dans les zones dévastées par les incendies.

Drame économique, enfin : avec des régions touristiques, leurs entreprises, leurs salariés durement frappés….

Et maintenant que faire ? de sérieux, de solide, s’inscrivant dans la durée, s’il vous plait. Ce soir, je veux partager cette question de citoyen avec vous qui me faites l’amitié de lire ce blog. Je n’ai aucune compétence et expertise particulière dans les domaines concernés. Je suis juste un citoyen qui veut une réponse forte de son pays…. Commençons par rassembler nos convictions, ce soir et discutons entre citoyens. C’est la seule, modeste et belle ambition de cette chronique.

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Longtemps, la France a regardé les grands incendies comme des catastrophes venues d’ailleurs : la Californie, l’Australie, le Canada, parfois la Grèce ou le Portugal. Cette illusion s’efface. Les méga-feux ne sont plus un spectacle lointain : ils deviennent une réalité française et européenne, un risque auquel il faut se préparer sans fatalisme, mais sans déni.

La question n’est donc plus seulement de savoir comment éteindre plus vite. Elle est de savoir comment éviter que chaque été ne transforme nos forêts, nos villages et nos paysages en poudrières. À moyen terme, la lutte contre les méga-feux doit cesser d’être seulement une affaire de sécurité civile pour devenir une politique globale : climatique, forestière, urbaine, européenne et citoyenne.

L’enjeu est évidemment notre capacité d’adaptation au changement climatique. Les incendies ont toujours existé, mais le changement climatique en modifie la fréquence, l’intensité et la géographie. Sécheresses plus longues, canicules plus précoces, vents violents et végétation asséchée allongent la saison du feu. Le risque ne concerne plus seulement l’été méditerranéen : il peut commencer au printemps, durer jusqu’à l’automne et toucher des territoires autrefois moins exposés.

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Le premier chantier est celui des politiques publiques de lutte contre les incendies : prévention et lutte active. La doctrine française — intervenir très vite sur les feux naissants — a longtemps été efficace. Mais elle atteint ses limites lorsque plusieurs incendies puissants éclatent en même temps, mobilisant avions, pompiers, routes, campings et villages. Il faudra renforcer les moyens de lutte, bien sûr, mais surtout financer davantage la prévention.

Prévenir coûte moins cher que reconstruire. Pourtant, la prévention reste moins visible qu’un avion bombardier d’eau. Elle consiste à entretenir des pistes, cartographier les zones à risque, contrôler le débroussaillement, former les habitants, équiper les communes et anticiper les évacuations. Ces gestes modestes peuvent empêcher un feu de devenir un désastre.

Reste enfin la culture du risque. Face aux méga-feux, le risque zéro n’existe pas. Cela ne signifie pas qu’il faut renoncer, mais préparer la société : apprendre les bons réflexes, respecter les interdictions d’accès aux massifs, connaître les consignes d’évacuation, comprendre qu’un mégot, un barbecue, un engin agricole ou un chantier peuvent déclencher l’irréparable.

Mais, ce soir, je n’ai vraiment pas envie d’être « faux cul ».

 Oui, il faudra des moyens supplémentaires (postes de pompiers, canadairs, aménagements préventifs…).

Oui, l’adaptation au changement climatique doit être une priorité budgétaire des décennies à venir !  

Mais des moyens supplémentaires, il n’y en aura pas ou si peu si la France continue à être ce grand malade de ses finances publiques, elles aussi ravagées. Tout se tient.

Pas de priorité budgétaire forte au changement climatique sans efforts budgétaires conséquents dans les secteurs identifiés (retraites, sécurité sociale,  etc. …)  

Enfin, en matière de moyens, l’échelle européenne est indispensable. Aucun pays ne peut, ni ne pourra dimensionner seul ses moyens pour l’été le plus extrême. Grèce, Espagne, Portugal, Italie, Croatie, France : tous affrontent des saisons où les incendies peuvent être simultanés. Le mécanisme européen de protection civile et la réserve rescEU montrent déjà l’utilité de la solidarité continentale. Mais cette solidarité doit servir à prévenir autant qu’à éteindre. Et là, qui a des oreilles, entende ! En matière d’adaptation climatique, il faut être résolument pro-européen ! On ne gagne pas la bataille des mégafeux à la seule échelle nationale !  

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Le deuxième chantier concerne l’aménagement du territoire. Les méga-feux ne brûlent pas seulement des arbres. Ils révèlent nos contradictions. Nous avons construit au plus près des massifs, multiplié les zones résidentielles en lisière de forêt, valorisé la maison sous les pins sans toujours mesurer le risque. À moyen terme, il faudra cesser de produire de nouvelles vulnérabilités.

Construire autrement ne signifie pas abandonner les territoires forestiers. Cela signifie rendre effectives les obligations de débroussaillement, limiter certaines extensions urbaines, prévoir les accès pour les secours et protéger les équipements sensibles. Le débroussaillement doit être compris comme une ceinture de sécurité collective, non comme une contrainte administrative.

Bizarrement, je suis optimiste sur notre capacité à bousculer notre urbanisme pour diminuer les risques dus à cette trop grande proximité homme-forêt.

Nous avons déjà su le faire dans un autre domaine : l’eau. La loi Barnier et les plans de prévention des risques naturels ont appris à la France qu’en zone inondable, on ne pouvait pas toujours se contenter de protéger après coup. Il faut parfois cartographier, réglementer, interdire de construire, imposer des prescriptions, voire racheter ou déplacer les biens les plus exposés. Pourquoi cette lucidité, admise face aux crues, ne vaudrait-elle pas face aux feux ? Dans les lisières forestières les plus vulnérables, diminuer la cohabitation entre l’homme et la forêt ne veut pas dire chasser les habitants de la nature. Cela veut dire cesser d’ajouter des maisons, des lotissements et des équipements là où le changement climatique transforme la lisière en ligne de front.

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Le troisième chantier est forestier. Il ne suffit pas de dire qu’il faut « nettoyer » la forêt. Il faut surtout gérer les paysages avec intelligence. Des forêts trop homogènes, fragilisées par la sécheresse ou les maladies, deviennent des masses combustibles continues. À l’inverse, des paysages diversifiés — essences adaptées, espaces agricoles, feuillus, clairières, coupures de combustible — résistent mieux à la propagation.

Cette transformation demandera du temps, des connaissances et des moyens. Elle suppose d’accompagner les propriétaires forestiers, les communes, les agriculteurs et les filières bois, sans opposer biodiversité et protection contre le feu. La forêt de demain ne pourra plus jamais être simplement la forêt d’hier replantée à l’identique.

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La bonne stratégie n’est donc pas une seule mesure miracle. Ce n’est ni seulement plus de Canadair, ni seulement plus de débroussaillement, ni seulement plus de réglementation. C’est l’addition cohérente de réponses complémentaires : des pompiers mieux soutenus, des forêts mieux gérées, des communes mieux préparées, des habitants mieux informés, des politiques d’urbanisme plus courageuses et une Europe plus solidaire.

La lutte contre les méga-feux est une épreuve de lucidité. Elle nous oblige à reconnaître que le climat a changé, que certains choix d’aménagement ont accru notre vulnérabilité, et que la sécurité ne peut pas reposer uniquement sur l’héroïsme des secours. Les pompiers combattront les flammes. Le reste de la société doit combattre les causes de la puissance effrayante de ces mégafeux.

Dans les dix prochaines années, l’enjeu est simple : ne plus laisser le feu dicter seul l’avenir de nos territoires. Apprendre à vivre avec lui, oui. S’y habituer, jamais. La France et l’Europe ont encore le choix entre subir des étés de cendres ou organiser leur résistance, sérieusement, solidement, à moyen-terme.

En sommes-nous collectivement capables en tant que nation ? en tant que Français ? en tant qu’Européens ? Ce soir, avec ma tête, avec mon cœur, lucide sur le courage politique qu’il faudra collectivement avoir, je veux crier « Oui ! ».

@+,

Jean Dionis

 

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