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Les réflexions d'un élu engagé au service de sa ville et de son territoire

Le bonheur est (plus que jamais) dans le pré !

Publication : 20/12/2010  |  00:01  |  Auteur : Jean Dionis

Agen a accueilli Jeudi et Vendredi dernier le 2ième congrès de la ruralité, c'est-à-dire les quelques 500 experts en tous genres qui réfléchissent, font vivre et évoluer la ruralité française.

Pour être honnête, nous devons cette belle manifestation à Michel Mercier, dont je m’honore d’être un des amis. Celui-ci, très bon connaisseur des enjeux de la ruralité, avait bien vu le rôle clé que jouera le tandem villes moyennes-ruralité dans l’aménagement du territoire dont il était le ministre avant de devenir celui de la justice à l’occasion du dernier remaniement. Et il avait alors pensé à Agen……C’était un bon choix !

D’abord parce que, depuis 2000 ans, Agen, ville gallo-romaine n’a pas d’autre vocation qu’être au service des personnes et des territoires qui l’entourent. Et ces personnes, ce territoire, ce ne sont pas seulement les 35 000 habitants d’Agen-Même, ni même les 100 00 habitants du pays de l’Agenais, mais bien tous ceux de la Moyenne-Garonne : un bassin de vie de 400 000 habitants qui va de Bergerac à Auch et de Castelsarrasin à Langon.

Ensuite, parce qu’Agen vit au cœur d’une région restée très agricole (+10 % de la population active est agricole à comparer au 3 % français). Si l’agriculture tousse, Agen s’enrhume. Si elle se porte bien, Agen prospère ! c’est notre ADN depuis toujours.

Oui, le choix d’Agen était particulièrement judicieux parce que depuis Fernand Braudel qui a théorisé dans « L’identité de la France » le statut des villes moyennes comme Agen comme villes-service des territoires ruraux qui les entourent, nous savons que la clé de la compréhension d’un pays comme la France se trouve dans cette alchimie qui unit dans la même chaine Paris, les métropoles régionales, les villes moyennes, les villages et notre peuple.

Que faut-il en retenir de ce congrès de la ruralité ? Pour ma part, je retiendrai l’intervention d’ouverture de P.Velz, sociologue et celle de clôture de B.Lemaire, notre ministre de l’agriculture.

P.Velz nous a tracé les lignes-force des grandes évolutions en cours dans la population Française en matière de résidence. Trois tendances lourdes : repeuplement de la ruralité, désir de Sud et d'Ouest, inégalités territoriales en recul (salaires notamment….). Oui, les Français plébiscitent massivement la campagne, le soleil et la côte et cette lame de fond n’a pas fini de transformer la France.

Mais cette bonne nouvelle est tempérée par une autre réalité de la France actuelle : La France qui est dans la course économique et qui a trouvé, non sans souffrance, sa place dans la mondialisation en cours est au Nord et à l’Est , celle qui vit principalement de revenus de redistribution est au Sud et à l’Ouest. …..et nous touchons là le cœur du débat sur la ruralité : espace dortoir, espace de villégiature ou espace de production économique ? Nous sentons bien, même confusément que ces deux chemins ne dessinent pas le même avenir pour nos territoires ruraux.

Après le regard du sociologue-spectateur P.Velz, l’analyse de l’homme politique en situation de responsabilité qu’est B.Lemaire, au titre de sa double fonction de ministre de l’agriculture et du territoire était attendue.

Pour la ruralité, Il a fixé trois priorités pour les 18 mois de mandat qui sont – à priori - les siens :
o Priorité n°1 - L’amélioration des soins médicaux en milieu rural : Le ministre a clairement apporté son soutien aux maisons médicales en milieu rural. Il a indiscutablement raison d’en faire sa toute première priorité. C’est aussi celle de nos concitoyens et l’effondrement rapide de la démographie médicale nous forcera à adopter des solutions innovantes dans ce domaine

o Priorité n°2- Le déploiement prioritaire des technologies de l’information et de la communication du 21ième siècle en milieu rural. Cela concerne prioritairement :
*La fibre optique (2 milliards d’euros du grand emprunt pour le fibrage des zones rurales), vecteur de l’internet fixe du futur.
*La télévision numérique terrestre(TNT) dont le basculement doit être terminée fin 2011
*et enfin, la téléphonie mobile 4G, le futur internet mobile, pour laquelle B.Lemaire a annoncé que l’espace rural serait une priorité nationale

o Priorité n°3 - La modernisation des services publics en milieu rural et B.Lemaire nous a demandés instamment de ne pas vivre dans la nostalgie et :
*D’accepter le rapatriement de certains d’entre eux sur les villes (trésorerie, administration fiscale, maternité…)
*De favoriser l’implantation en milieu rural des services attendus, aujourd’hui par la population (école primaire, transports publics, gendarmerie…)

Moi, qui laboure avec application ma circonscription rurale, notamment en faisant une visite communale chaque semaine, je confirme que les trois priorités du Ministre sont bien celles des élus locaux de terrain et de la population.

Santé, technologies de l’information et de la communication et évolution des services publics constituent « le pain quotidien » de nos visites communales. Samedi après samedi, ils me répètent : Avec des toubibs, de l’internet……et les services publics de notre époque, alors….le bonheur sera vraiment dans le pré et comme le dit joliment notre Ministre : « La ruralité n’est pas que notre passé, faisons en sorte qu’elle soit aussi notre avenir ! »

@+

Les réactions

Ruralité : un lien

Oui la ruralité est un bel et bien un espace de vie qui doit s'articuler avec l'espace urbain.
Qui dit espace de vie dit espace de la vie : logement, enseignement, formation, activité économique et commerciale, service public et social et ... transport.
N'oublions pas en effet les tranports car beaucoup de nos concitoyens qui vivent dans le milieu rural souffrent du recul des transports en commun dans certaines petites localités proches des agglomérations. Ce sont en effet des personnes âgées qui ne peuvent plus se rendre de façon autonome dans certaines espaces urbains.
Alors oui à la modernisation mais veillons aussi à ne pas oublier la volonté de certains de nos aînés à vouloir maintenir intacts leurs habitudes et leur train de vie. Et cela ne pourra se faire que par une volonté plus forte de maintenir ces mêmes personnes dans l'autonomie et plus concrètement par le maintien et non le recul des passages des bus et autres transports dans nos localités rurales.

Ruralité et mondialisation: un lien...dangereux et coûteux

Chacun doit bien sûr défendre sa cause. Mais dans un monde ouvert où chacun fait ce qu'il veut de sa ressource, le maintien de la ruralité (la France du Sud et de l'Ouest comme vous l'analysez si bien) est la condamnation assurée de la France industrieuse (du Nord et de l'Est). Une donnée contribue à expliquer nos difficultés économiques: la densité de notre population (France: 110, Allemagne: 230, Belgique: 345 et Japon: 337). Cela veut dire concrètement qu'entre chacun d'entre nous comparés à nos voisins allemands, il faut deux fois plus de routes, de réseaux d'eau potable et d'assainissement, de lignes, de poteaux et d'émetteurs téléphoniques, de réseaux et de poteaux électriques, etc. Tout cela impose dans les mêmes proportions des hommes pour les entretenir. Le facteur met deux fois plus de temps à sa distribution, les citoyens mettent deux fois plus de temps à faire leurs courses, à aller chez le médecin, à la banque, etc, etc. Nous roulons sur des autoroutes payantes à faible vitesse pendant que nos concurrents allemands roulent sur les leurs gratuites à grande vitesse.
Or tous ces temps sont absolument improductifs au sens où ils ne créent aucune valeur ajoutée. Quand nous allons chez le médecin, la valeur est dans le médecin, pas dans le allons. Le citoyen dont le médecin est le voisin est aussi bien soigné mais peut faire bien d'autres choses de sa vie que celui qui en est éloigné de 2h de route.
La conclusion de cette analyse, c'est que les frais engagés pour couvrir ces distances deux fois plus grandes entre nous sont supportés soit par les impôts soit par des coûts de fonctionnement que, dans les deux cas, les entreprises doivent facturer à leurs clients. Ceux que leurs concurrents étrangers n'ont à facturer qu'une fois. Voilà une des raisons pour lesquelles, à qualité égale, une voiture fabriquée en France coûte nécessairement plus chère que celle fabriquée en Allemagne. Nous sommes 60 millions à mal faire. Ils sont 82 millions à bien faire. Le handicap de notre pays est structurellement énorme quand nous sommes en concurrence avec eux ailleurs dans le monde.
Oui, la ruralité tue l'emploi industriel et la compétitivité du pays.
Les ruraux (au sens de tous ceux qui vivent hors des villes) et plus globalement les Français, devraient en avoir conscience. Et ce doit devenir pour eux un devoir de citoyen éco-responsable (au sens économique et non écologique) que de témoigner dans leur comportement de consommateur du même volontarisme que dans leur choix de vie. Non! définitivement Non! Un rural, citoyen ou élu, qui s'assume ne peut pas rouler en voiture ni faire rouler une benne à ordure allemande. L'intelligence économique, c'est ça: comprendre l'économie du monde global dans lequel nous vivons. Dans la guerre économique mondiale, l'esprit de Résistance que nous a enseigné le Général de Gaulle dans une autre guerre, c'est ça: savoir dire NON et se tenir debout pour défendre son industrie comme son agriculture, comme sa ville ou son village. Parce qu'aucun autre ne les défendra pour nous.
Joyeuses fêtes de Noël à tous.

pour le regroupement des départements ruraux

Je partage votre point de vue et pour approfondir, je me demande si l'on ne devrait pas envisager de développer des stuctures inter-départementales à l'image de l'intercommunalité de manière à peser face aux 2 grandes métropoles que sont Toulouse et Bordeaux.
Ne pourrait-on imaginer un regroupement, Dordogne, Lot et Garonne, Gers (au moins 800 000 habitants à eux 3) et mutualiser des moyens pour la défense de la ruralité, la sauvegarde des services publics ?
Pour exister nous devons faire face à la centralisation régionale, parfait pendant de ce que fut la centralisation parisienne en son temps, à l'ouest Bordeaux et la façade atlantique, à l'est Toulouse et au sud les Pyrénées, chacun voit bien qu'au niveau régional les 24,47 et 32 sont souvent négligés, donc prenons-nous en charge !

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