Pourquoi se faire mal à trouver les causes de notre défaite, celle des Municipales d’Agen 2026 ? Après tout, me direz-vous, on a perdu. Un point c’est tout. Et dans 6 ans, cela sera une autre histoire ……Pas faux. Et donc, pas de temps à perdre pour un diagnostic
Et bien, je pense le contraire.
Toute reconquête pour mes successeurs, car il s’agit bien de cela, ne peut pas faire l’économie d’un travail sérieux et collectif sur notre échec.
Je sais à quel point le travail fait après notre échec en 2001 avait été fondateur de notre succès
en 2008. Je me revois demandant dans nos cités : « Pourquoi vous avez voté pour Alain Veyret ? »
Et m’entendre dire : « Il nous a dit : « vous êtes nés en Algérie, moi aussi et ça nous a touchés »
. Toi, tu dois parler à nos enfants et leur dire : « Vous êtes nés à Agen, moi aussi ». Et je sais à quel point cette réponse nous avait aidés à nous réimplanter dans nos quartiers.
Et en tant que premier responsable de cet échec, je tiens, donc, à apporter ma contribution à ce travail. Je reconnais tout de suite le caractère partiel et contestable de ma contribution.
Notre défaite est forcément multi causale. Certains d’entre nous ont remonté le manque de proximité à la fois par rapport aux conseils de quartier ou par l’intermédiaire d’Agen Habitat. D’autres ont insisté à juste titre sur le caractère impopulaire de certaines de nos politiques publiques municipales : collecte des déchets verts, extinction de l’éclairage public…
Ces causes sont bien réelles. Elles ont contribué à notre défaite.
Mais je ne pense pas qu’elles aient été décisives.
Je vous propose de réfléchir sur trois causes que j’estime principales :
1- l’efficacité de la campagne de la gauche et de Laurent Bruneau
2- le niveau électoral du Rassemblement national
3- le dégagisme ambiant
1- l’efficacité de la campagne de la gauche et de Laurent Bruneau :
Reconnaissons-le. Laurent Bruneau et la gauche ont réussi leur campagne, sauf sur la partie Agglomération (Et il l’a payé 3 semaines plus tard avec sa défaite à la présidence de l’agglomération…).
Qualité de leur communication notamment sur Laurent Bruneau, dynamique d’une union de la gauche mise en œuvre à Agen très en amont de la campagne, soutien massif des équipes « communication » du Conseil Départemental, bonne mobilisation de leurs militants : voilà les ingrédients, à mes yeux majeurs, de leur succès Agenais. Dont acte.
Il reste que cette campagne s’est faite sur un mensonge programmatique et une compromission idéologique.
Le mensonge concerne les finances publiques municipales. Soit il y aura les cadeaux annoncés pendant la campagne (1€/repas dans nos cantines, 2h de stationnement gratuit/jour, etc…) Et derrière, il y aura les impôts. Soit, il n’y aura pas les cadeaux annoncés. Je vous recommande de suivre Mohamed Fellah sur ce sujet dans les mois qui viennent.
La compromission, c’est bien évidemment d’avoir ouvert les portes de la Mairie aux militants et aux idées de La France Insoumise (LFI). L’année avril 2026-avril 2027, celle de toutes les rivalités présidentielles, va être très longue pour Laurent Bruneau et va voir la municipalité d’Agen secouée par bien des tensions, nuisibles à son efficacité.
2- le niveau électoral du Rassemblement national :
Au premier tour de notre élection municipale, le Rassemblement National réunit 30,55 % des voix et 26, 62 % au deuxième tour et, à ce niveau-là, on peut le tourner comme on veut, le risque d’une élection par défaut de la Gauche (39,05 % au deuxième tour) est très élevé ; C’est ce risque qui s’est concrétisé à Agen.
Je ne veux pas traiter des questions de fond posées par la relation entre Rassemblement national et Bloc central. J’ai pour ma part des convictions claires et fortes sur ce sujet. Je n’ai jamais et je ne voterai jamais pour l’extrême-droite. Je profiterai de la campagne présidentielle pour échanger avec qui voudra sur ce sujet.
C’est l’honneur de notre liste de ne pas s’être compromise avec le RN. A prix d’une défaite, diront les cyniques. Peut-être, cela s’appelle des convictions.
Il reste néanmoins un constat et une question :
1 - Le constat : Nous, Elus du centre et de la droite républicaine, nous avons déçu et exaspéré un nombre important de nos électeurs et électrices qui ont voté pour le RN en mars dernier. Leur déception et leur colère portaient notamment sur les questions de sécurité et d’animation commerciale du Centre-Ville. Et nous n’avons d’autre choix que d’écouter, de travailler et de tout faire pour infléchir l’action municipale dans le sens de l’attente citoyenne, même si les citoyens surestiment les moyens d’actions municipaux en la matière.
2-La question : Eux, les citoyens transfuges du bloc central vers le RN, par déception ou exaspération, dans quel état d’esprit sont-ils, aujourd’hui ? alors que leur virage à l’extrême droite a permis à laurent Bruneau et à son équipe, c’est-à dire l’équipe la moins crédible en matière d’insécurité de s’y installer ? sans prise de conscience politique et citoyenne de leur part, le chemin de la reconquête ne sera pas dégagé.
3- Le dégagisme :
« Jean Dionis va avoir 70 ans. Il a été maire pendant 18 ans. Nous l’avons assez vu. Il faut qu’il dégage. ». L’argument dégagiste a fonctionné et nous n’y avons pas répondu correctement. Nous avons répondu par la qualité de notre liste, de notre équipe et par la qualité de notre projet, qui étaient réels. Mais dans une élection aussi personnalisée que les Municipales, il fallait affronter directement la confrontation des têtes de liste.
Nous aurions du porter un dialogue du genre : « On dégage Dionis ? et on a qui ? Laurent Bruneau ? parfaitement inexpérimenté. Vous préférez être soigné par un médecin qui a 18 ans d’expérience ou par un médecin junior, à peine installé »
Bref, il fallait installer le débat expérience/ compétence contre nouveauté/fraîcheur. Nous n’avons pas su le faire.
Il faut s’arrêter un moment sur le dégagisme. Le dégagisme est une pulsion irrationnelle. Il est capital d’organiser, en face de lui, un débat contradictoire rationnel.
Pensons un moment à la Présidentielle où le RN va nous vendre du dégagisme matin, midi et soir : « dégagez -moi toutes celles et tous ceux que nous avons trop vu et mettez au pouvoir Bardella, qui, lui, est neuf et n’a jamais été essayé ». Et bien non ! je réclame le droit citoyen de réfléchir, d’interroger : « qu’est-ce qu’il a fait ce Bardella, pour le moment ? quel est son programme ? etc.)
Voilà, les éléments de diagnostic que je tenais à identifier et qui font ma contribution personnelle. J’attends vos commentaires et vos critiques…
Il y aura une troisième chronique « Lendemains de défaite » qui elle regardera devant …….
@+,
Jean Dionis